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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVKIî V.

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comme j'aime que mes amis me rendent leurs comptes, dit ceprince: Mu lier n me fait lire des pages entières pour des som-mes de dix mille francs; j’aime mieux le style laconique deGrothusen." Un de ses vieux officiers, soupçonné d’être unpeu avare, se plaignit à lui de ce que sa majesté donnait touta Grotliusen: „Je ne donne de l’argent, répondit le roi, qu’àceux qui savent en faire usage. 11 Cette générosité le réduisitsouvent à n’avoir pas de quoi donner. Plus d’économie dansses libéralités eût été aussi honorable et plus utile; mais c’étaitle défaut de ce prince de pousser à l’excès toutes les vertus.

Beaucoup d etrangers accouraient de Constantinople pourle voir. Les Turcs, les Tartares du voisinage y venaient enfoule; tous le respectaient et l’admiraient. Son opiniâtreté às’abstenir du vin, et sa régularité à assister deux fois parjour aux prières publiques, leur faisaient dire: ,.C’est un vraimusulman." Ils brûlaient d’impatience de marcher avec luià la conquête de la Moscovie.

Dans ce loisir de Bender, qui fut plus long qu’il ne pen-sait, il prit insensiblement du goût pour la lecture. Le baronFabrice, gentilhomme du duc de Ilolstein, jeune homme aimable,qui avait dans l’esprit cette gaieté et ce tour aisé qui plaîtaux princes, fut celui qui l’engagea à lire. Il était envoyéauprès de lui à Bender pour y ménager les intérêts du jeuneduc de Ilolstein, et il y réussit en se rendant agréable. 11avait lu tous les auteurs français: il lit lire au roi les tragé-dies de Pierre Corneille, celles de Kacine, et les ouvrages deDespréaux. Le roi ne prit nul goût aux satires de ce der-nier, qui en elfet ne sont pas ses meilleures pièces: mais ilaimait fort ses autres écrits. Quand on lui lut ce trait de lasatire huitième où l’auteur traite Alexandre de fou et d’enragé,il déchira le feuillet.

De toutes les tragédies françaises Mithridate était cellequi lui plaisait davantage, parce que la situation de ce roi vaincuet respirant la vengeance, était conforme à la sienne. Il mon-trait avec le doigt à M. Fabrice les endroits qui le frappaient;mais il n’en voulait lire aucun tout haut, ni hasarder jamaisun mot en français. Même quand il vit depuis à Bender M.Désaleurs, ambassadeur de France à la Porte, homme d’unmérite distingué, mais qui ne savait que sa langue naturelle,il répondit à cet ambassadeur en latin; et sur ce que M. Dé-saleurs protesta qu’il n’entendait pas quatre mots de cette lan-gue, le roi, plutôt ( s ) que de parler français, fit venir un in-terprète.

Telles étaient les occupations de Charles XII à Bender,