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mânes qui étaient à Beiuler, y étaient plus pour s'assurer duroi que pour lui faire honneur.
Charles, abandonné par le grand-visir, vaincu par l’argentdu czar en Turquie, après l’avoir été par ses armes dansl’Ukraine, se voyait trompé, dédaigné par la Porte, presqueprisonnier parmi des Tartares. Sa suite commençait a déses-pérer: lui seul tint ferme, et ne parut pas abattu un moment.Il crut que le sultan ignorait les intrigues de Chotirlonli Ali,son grand-visir; il résolut de les lui apprendre; et Poniatowskise chargea de cette commission hardie. Le grand-seigneurva tous les vendredis h la mosquée, entouré de ses solaks,espèces de gardes, dont les turbans sont ornés de plumes sihautes qu’elles dérobent le sultan à la vue du peuple. Quandon a quelque placet à présenter au grand-seigneur on tâchede se mêler parmi ces gardes, et on lève en haut le placet:quelquefois le sultan daigne le prendre lui-même; mais le plussouvent il ordonne a un aga de s'en charger, et se fait ensuitereprésenter les placets an sortir de la mosquée. Il n’est pasà craindre qu’on ose l’importuner de mémoires inutiles, et deplacets sur des bagatelles, puisqu’on écrit moins à Constanti-nople en toute une année qu'à Paris en un seul jour: on sehasarde encore moins à présenter des mémoires contre les mi-nistres, à qui pour l’ordinaire le sultan les renvoie sans leslire. Poniatowski n’avait que cette voie pour faire passerjusqu’au grand-seigneur les plaintes du roi de Suède: il dressaun mémoire accablant contre le grand-visir. M. de Fériol,alors ambassadeur de France, et qui m’a conté le fait, fit tra-duire le mémoire en turc: on donna quelque argent à unGrec pour le présenter; ce Grec s’étant mêlé parmi ( 6 ) lesgardes du grand-seigneur, leva le papier si haut, si long-temps,et fit tant de bruit, que le sultan l’aperçut, et prit lui-mêmele mémoire.
On se servit plusieurs fois de ce moyen pour présenter ausultan des mémoires contre ses visirs: un Suédois, nomméLeloing, en donna encore un autre bientôt après. Charles X TI,dans l’empire des Turcs, était réduit à employer les ressourcesd’un sujet opprimé.
Quelques jours après le sultan envoya an roi de Suède,pour toute réponse à ses plaintes, vingt-cinq chevaux arabes,dont l’nn, qui avait porté sa hautesse, était couvert d’une selleet d’une housse enrichies de pierreries, avec des étriers d’ormassif. Ce présent fut accompagné d’une lettre obligeante,mais conçue en termes généraux, et qui faisait soupçonnerque le ministre n’avait rien fait que du consentement du sultan.