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HISTOIRE DE CHARLES XII.
servitude. Ce n’est point une exagération, c’est à la lettre cequ’on a entendu dire à des officiers qui servaient dans cettearmée.
Il y avait alors dans le camp moscovite une femme aussisingulière peut-être que le czar même: elle n’était encoreconnue que sous le nom de Catherine. Sa mère était unemalheureuse paysanne nommée Erb-Magden, du village deRingen en Estonie, province où les peuples sont serfs, et quiétait en ce temps-là sous la domination de la Suède: jamaiselle ne connut son père; elle fut baptisée bous le nom deMarthe.- Le vicaire de la paroisse l’éleva par charité jusqu’àquatorze ans; à cet âge elle fut servante à Marienbourg chezun ministre luthérien de ce pays, nommé Gluk. :
En 1702, à l’âge de dix-luiit ans, elle épousa un dragon jsuédois: le lendemain de ses noces un parti des troupes de 'Suède ayant été battu par les Moscovites, ce dragon qui avait |été à l’action ne reparut plus, sans que sa femme pût savoir ;s’il avait été fait prisonnier, et sans même que depuis cetemps elle en pût jamais rien apprendre. i
Quelques jours après, faite prisonnière elle-même par le >général Bauer, elle servit chez lui, ensuite chez le maréchalCzeremetof. Celui-ci la donna à Menzikoff, homme qui aconnu les plus extrêmes vicissitudes de la fortune, ayant étéde garçon pâtissier général et prince, ensuite dépouillé de toutet relégué en Sibérie, où il est mort dans la misère et dansle désespoir.
Ce fut à un souper chez le prince Menzikoff que l’em-pereur la vit et en devint amoureux: il l’épousa secrètementen 1707, non pas séduit par des artifices de femmes, maisparce qu’il lui trouva une fermeté d’ame capable de seconderses entreprises, et même de les continuer après lui. H avaitdéjà répudié depuis long-temps sa première femme Ottokefu,fille d’un boïard, accusée de s’opposer aux changemens qu’ilfaisait dans ses états. Ce crime était le plus grand aux yeuxdu czar; il ne voulait dans sa famille que des personnes quipensassent comme lui: il crut rencontrer dans cette esclave'étrangère les qualités d’un souverain, quoiqu’elle n’eût aucunedes vertus de son sexe; il dédaigna pour elle les préjugés qui >eussent arrêté un homme ordinaire: il la fit couronner impé-ratrice. Le même génie qui la fit femme de Pierre Alexiowitzlui donna l’empire après la mort de son mari. L’Europe a vuavec surprise cette femme, qui ne sut jamais ni lire ni écrire,réparer son éducation et ses faiblesses par son courage, etremplir avec gloire le trône d’un législateur.