LIVRE V.
Vil
spahis vinrent fondre sor son arinee si mal retranchée; maisils attaquèrent en désordre, et les Moscovites se défendirentavec nne vigueur que la présence de leur prince et le déses-poir leur donnaient.
Les Turcs furent deux fois repoussés. Le lendemain ( ra )M. Poniatowski conseilla au grand-visir d’affamer l’arméemoscovite, qui, manquant de tout, serait obligée dans un jourde se rendre à discrétion avec son empereur.
Le czar a depuis avoué plus d’une fois qu’il n’avait jamaisrien senti de si cruel dans sa vie que les inquiétudes quil’agitèrent cette nuit: il roulait dans son esprit tout-ce qu’ilavait fait depuis tant d’années pour la gloire et le bonheur desa nation; tant de grands ouvrages, toujours interrompus pardes guerres, allaient peut-être périr avec lui avant d’avoir étéachevés; il fallait ou être détruit par la faim, ou attaquer prèsde cent quatre-vingt mille hommes avec des troupes languis-santes, diminuées de la moitié, une cavalerie presque démon-tée, et des fantassins exténués de faim et de fatigue.
Il appela le général Czeremetof vers le commencementde la nuit, et lui ordonna, sans balancer et sans prendre con-seil, que tout fût prêt à la pointe du jour pour aller attaquerles Turcs la baïonnette au bout du fusil.
If donna de plus ordre exprès qu’on brûlât tous les baga-ges, et que chaque officier ne réservât qu’un seul chariot, afinque, s’ils étaient vaincus, les ennemis ne pussent du moinsprofiter du butin qu’ils espéraient.
Après avoir tout réglé avec le général pour la bataille, il seretira dans sa tente accablé de douleur et agité de convulsions,mal dont il était souvent attaqué, et qui redoublait toujoursavec violence quand il avait quelque grande inquiétude. Ildéfendit que personne osât de la nuit entrer dans sa tentesous quelque prétexte que ce pût être, ne voulant pas qu’onvînt lui faire des remontrances sur une résolution désespérée,mais nécessaire, encore moins qu’on fût témoin du triste étatoù il se sentait.
Cependant on brûla selon son ordre la plus grande partiede ses bagages. Tonte l’armée suivit cet exemple, quoiqu’àregret; plusieurs enterrèrent ce qu’ils avaient de plus précieux.Les officiers-généraux ordonnaient déjà la marche et tâchaientd’inspirer à l’année .une confiance qu’ils n’avaient pas eux-mêmes ; chaque soldat, épuisé de fatigue et de faim, marchaitsans ardeur et sans espérance. Les femmes, dont l’armée étaittrop remplie, poussaient des cris qui énervaient encore lescourages: tout le monde attendait le lendemain la mort ou la