HISTOIRE PE CHARLES XII.
m
des négocians européens : tons refusèrent d’en prêter à un roiqui semblait s’être mis hors d’état de jamais rendre: un seulmarchand anglais, nommé Coule, osa enfin prêter environquarante mille écus, satisfait de les perdre si le roi de Suèdevenait ( 3 ) à mourir. On apporta cet argent au petit camp duroi dans le temps qu’on commençait à manquer de tout et àne plus espérer de ressource.
Dans cet intervalle M. Poniatowski écrivit du camp mêmedu grand-visir une relation de la campagne de Prutli, danslaquelle il accusait Baltagi Meliemet de lâcheté et de perfidie.Un vieux janissaire, indigné de la faiblesse du visir, et de plusgagné par les présens de Poniatowski, se chargea de cetterelation; et ayant obtenu un congé, il présenta lui-même lalettre au sultan.
Poniatowski partit du camp quelques jours après, et allaà la Porte ottomane former des intrigues contre le grand-visirselon sa coutume.
Les circonstances étaient favorables ; le czar en liberténe se pressait pas d’accomplir ses promesses ; les clefs d’Azophne venaient point: le grand-visir qui en était responsable,craignant avec raison l’indignation de son maître, n’osait s’allerprésenter devant lui.
Le sérail était alors plus rempli que jamais d’intrigues etde factions. Ces cabales que l’on voit dans toutes les cours,et qui se terminent d’ordinaire dans les nôtres par quelquedéplacement de ministre, ou tout au plus par quelque exil,font toujours tomber à Constantinople pins d’une tète: il encoûta la vie à l’ancien visir Chourlouli et à Osman, ce lieute-nant de Baltagi Meliemet, qui était te principal auteur dela paix de Pruth, et qui depuis cette paix avait obtenuune charge considérable à la Porte. On trouva parmi lestrésors d’Osman la bague de la czarine et vingt mille piècesd’or au coin de Saxe et de Moscovie; ce fut une preuve quel’argent seul avait tiré le czar du précipice, et avait ruiné tafortune de Charles XII. Le visir Baltagi Meliemet fut reléguédans l’ile de Lemnos, où il mourut trois ans après. Le sul-tan ne saisit son bien ni à son exil ni à sa mort; il n’étaitpas riche, et sa pauvreté justifia sa mémoire.
A ce grand-visir succéda Jussuf, c’est-à-dire Joseph, dontla fortune était aussi singulière que celle de ses prédécesseurs.Né sur lus frontières de la Moscovie, et fait prisonnier parles Turcs à l’âge de six ans avec sa famille, il avait été venduà un janissaire. 11 fut long-temps valet dans le sérail, etdevint enfin la seconde personne de l’empire où il avait été