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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRK VI.

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i naissant îles faveurs dont sa liantesse l’avait comblé; mais

qu’il croyait le sultan trop juste pour le renvoyer avec la simple, ( escorte d'un camp volant dans un pays encore inondé desi troupes du c/ar. Kn elfet l'empereur russe, malgré le premier

article de la paix du Prutli, par lequel il s’était engagé à re-tirer toutes ses troupes île la Pologne, y en avait encore faiti passer île nouvelles; et, ce qui semble étonnant, c’est que le

grand-seigneur n’en savait rien.

La mauvaise politique de la Porte d’avoir toujours parvanité des ambassadeurs des princes chrétiens à Constantinople,et de ne pas entretenir un seul agent dans les cours chré-tiennes, fait que ceux-ci pénètrent et conduisent quelquefoistes résolutions les plus secrètes du sultan, et que le divan esttoujours dans une profonde ignorance de ce qui se passepubliquement chez les chrétiens.

Le sidtan, enfermé dans son sérail parmi ses femmes etses eunuques, ne voit que par les yeux de son grand-visir: ceministre, aussi inaccessible que son maître, occupé des intri-gues du sérail, et sans correspondance au dehors, est d’ordi-' «aire trompé, ou tiompe le sultan, qui le dépose' ou le faitétrangler à la première faute, pour en choisir un autre aussiignorant ou aussi perfide, qui se conduit comme ses prédéces-seurs, et qui tombe bientôt comme eux.

Telle est pour l’ordinaire l’inaction et la sécurité profondede cette cour, que si les princes chrétiens se liguaient contreelle, leurs Hottes seraient aux Dardanelles, et leur armée deterre aux portes d’AndrinopIe avant que les Turcs eussentsongé à se défendre: mais les divers intérêts qui diviseronttoujours la chrétienté sauveront les Turcs d’une destinée queleur peu de politique et leur ignorance dans la guerre et dansla marine semblent leur préparer aujourd’hui.

Achmet était si peu informé de ce qui se passait en Po-logne, qu’il envoya un aga pour voir s’il était vrai que lesarmées du czar y fussent encore: deux secrétaires du roi deSuède qui savaient ( s ) la langue turque accompagnèrent l’aga,alin de servir de témoins contre lui en cas qu’il fit un fauxrapport.

1 Cet aga vit par ses yeux la vérité, et en vint rendre

compte au sultan même. Achmet indigné allait faire étranglerle grand-visir; mais le favori qui le protégeait, et qui croyaitavoir besoin de lui, obtint sa grâce, et le soutint encore quel-que temps dans le ministère.

Les Russes étaient protégés ouvertement par le visir, etsecrètement par Ali Coumourgi, qui avait changé de parti:

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