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134 HISTOIRE DK CHARLES XII.
les Turcs du parti de la Suède, ou s’il voulait que le kanlivrât Charles a ses Saxons en le reconduisant en Pologne.
Il semblait difficile d’imaginer qu’un prince aussi généreuxqu'Augnste voulût, en saisissant la personne du roi de Suède,hasarder la vie de ses ambassadeurs, et de trois cents gentils-hommes polonais qui étaient retenus dans Andrinople commedes gages de la sûreté de Charles.
Mais d'un autre côté on savait que Flemming, ministreabsolu d'Auguste, était très délié et peu scrupuleux. Lesoutrages faits au roi électeur par le roi de Suède semblaientrendre toute vengeance excusable; et on pouvait penser quesi la cour de Dresde achetait Charles du kan des Tartares,elle pourrait acheter aisément de la cour ottomane la libertédes otages polonais.
Ces raisons furent agitées entre le roi, Mullern, son chan-celier privé, et Grothusen, son favori. Ils lurent et relurentles lettres ; et la malheureuse situation où ils étaient les ren-dant plus soupçonneux, ils se déterminèrent à croire ce qu’ily avait de plus triste.
Quelques jours après le roi fut confirmé dans ses soup-çons par le départ précipité d’un comte Sapieha, réfugié au-près de lui, qui le quitta brusquement pour aller en Polognese jeter entre les bras d’Auguste. Dans toute autre occasionSapieha ne lui aurait paru (') qu’un mécontent; mais dans cesconjonctures délicates il ne balança pas à le croire un traître:les instances réitérées qu’on lui fit alors de partir changèrent ( 8 )ses soupçons en certitude. L’opiniâtreté de son caractère sejoignant a toutes ces vraisemblances, il demeura ferme dansl’opinion qu’on voulait le trahir et le livrer h ses ennemis,quoique ce complot n’ait jamais été prouvé.
Il pouvait se tromper dans l’idée qu’il avait que le roiAuguste avait marchandé sa personne avec les Tartares; maisil se trompait encore davantage en comptant sur le secours dela cour ottomane. Quoi qu’il en soit il résolut de gagner dutemps.
11 dit au hacha de Bender qu’il ne pouvait partir sansavoir auparavant de quoi payer ses dettes; car, quoiqu’on luieût rendu depuis long-temps son thaïm , ses libéralités l’avaienttoujours forcé d’emprunter. Le hacha lui demanda ce qu’ilvoulait; le roi répondit au hasard, Mifle bourses, qui fontquinze cent mille francs de notre argent en monnaie forte.Le baclia en écrivit à la Porte: le sultan, au lieu de millebourses qu’on lui demandait, en ac< orda douze cents, et écrivitau hacha la lettre suivante: