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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE VI.

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s’était vendu aux Moscovites, et qu’il espérait se venger duroi de Suède qui avait voulu le perdre. Le muphti, créaturej d’Ali Coumourgi, était aussi l’esclave de ses volontés : il avaitconseillé la guerre contre le czar quand le favori la vpulait;et il la trouva injuste dès que ce jeune homme eut changéd’avis: ainsi à peine l’armée fut assemblée qu’on écouta despropositions d’accommodement. Le vice - chancelier Schaffirof,et le jeune Czeremetof, plénipotentiaires et otages du czar hla Porte, promirent, après bien des négociations, que le czarretirerait ses troupes de la Pologne. Le grand-visir, qui savaitbien que le czar n’exécuterait pas ce traité, ne laissa pas dele signer; et le sultan, content d’avoir en apparence imposédes lois aux Russes, resta encore à Andrinople. Ainsi on viten moins.de six mois la paix jurée avec le czar, ensuite laguerre déclarée, et la paix renouvelée encore.

Le principal article de tous ces traités fut toujours qu’onferait partir le roi de Suède. Le sultan ne voulait pointçommcttre son honneur et celui de l’empire ottoman, en ex-posant le roi à être pris sur la route par ses ennemis: il fut' stipulé qu'il partirait, mais que les ambassadeurs de Pologneet de Moscovie répondraient de la sûreté de sa personne: cesambassadeurs jurèrent au nom de leurs maîtres que ni lec/.ar ni le roi Auguste ne troubleraient son passage; et queCharles de son côté ne tenterait d’exciter aucun mouvementen Pologne. Le divan ayant ainsi réglé la destinée de Charles,Ismaël, séraskier de Bender, se transporta à Yarnitza, où leroi était campé, et vint lui rendre compte des résolutions dela Porte, en lui insinuant adroitement qu’il n’y avait plus i»différer, et qu’il fallait partir.

Charles ne répondit autre chose sinon que le grand-: rigueur lui avait promis une armée et non une escorte, et<pie des rois devaient tenir leur parole.

Cependant le général Flemming, ministre et favori du roiAuguste, entretenait une correspondance secrète avec le knnde Tartarie et le séraskier de Bender. La Mare, gentilhommefrançais, colonel an service de Saxe, avait fait plus d’un voyagede Bender à Dresde, et tous ces voyages étaient suspects.

I Précisément dans ce temps le roi de Suède lit arrêter sur

les frontières de la Valachie un Courier que Flemming envoyaitau prince de Tartarie. Les lettres lui furent apportées : onles déchiffra; on y vit une intelligence marquée entre les Tar-tares et la cour de Dresde; mais elles étaient conçues entermes si ambigus et si généraux, qu’il était difficile de dé-mêler si le but du roi Auguste était seulement de détacher