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Quand on eut bien barricadé la maison, et que le roi eutfait le tour de ses prétendus retrancheinens, il se mit à joueraux échecs (“) tranquillement avec son favori Grothusen, commesi tout eîit été dans une sécurité profonde. HeureusementFabrice, l’envoyé de Holstein, ne s’était point logé à Yarnitza,mais dans un petit village entre Varnitza et Bender, où de-meurait aussi M. Jeffreys, envoyé d’Angleterre auprès du roide Suède. Ces deux ministres, voyant l’orage prêt à éclater,prirent sur eux de se rendre médiateurs entre les Turcs et leroi. Le kan, et sur-tout le hacha de Bender, qui n’avait nulle, envie de faire violence h ce monarque, reçurent avec empres-sement les offres de ces deux ministres: ils eurent ensembleà Bender deux conférences, où assistèrent cet huissier du sérailet le grand-maître des écuries, qui avaient apporté l’ordre dusultan et le fetfa du muphti.
M. Fabrice leur avoua que sa majesté suédoise avait dejustes raisons de croire qu’on voulait le livrer h ses ennemisen Pologne. Le kan, le bacha, et les autres, jurèrent ( l2 ) surj leurs têtes, prirent Dieu à témoin qu’ils détestaient une sihorrible perfidie, qu’ils verseraient tout leur sang plutôt quede souffrir qu’on manquât seulement de respect au roi en Po-logne-, ils dirent qu’ils avaient entre leurs mains les ambassa-deurs russes et polonais, dont la vie leur répondait du moindreaffront qu’on oserait faire au roi de Suède; enfin ils se plaigni-rent amèrement des soupçons outrageans qtie*(e roi concevaitBur des personnes qui lavaient si bien reçu et si bien traité.Quoique les sermens ne soient souvent que le langage de laperfidie, Fabrice se laissa persuader; il crut voir dans leursprotestations cet air de vérité que le mensonge n’imite jamaisqu’imparfaitement: il savait bien qu’il y avait eu une secrètecorrespondance entre le kan tartare et le roi Auguste; maisil demeura convaincu qu’il ne s’était agi dans leur négociationque de faire sortir Charles XU des terres du grand-seigneur.Soit que Fabrice se trompât ou non, il les assura qu’il repré-senterait au roi l’injustice de ses défiances. „Mais, prétendez-vous le forcer h partir?“ ajouta-t-il. „Oui, dit le bacha, tel estl'ordre de notre maître.* 1 Alors il les pria encore une fois debien considérer si cet ordre était île verser le sang d’une têtecouronnée. ,,Oui, répliqua le kan en colère, si cette tête cou-ronnée désobéit au grand-seigneur dans son empire.**
Cependant tout étant prêt pour l'assaut, la mort deCharles Xll paraissait inévitable; et l’ordre du sultan n’étantpas positivement de le tuer en cas de résistance, le bacha en-gagea le kan à souffrir qu’on envoyât dans le moment un