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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

exprès à Aiulrinople, où était alors le grand seigneur, pouravoir les derniers ordres de sa Iiautesse.

M. Jeffreys et M. Fabrice ayant obtenu ce peu de relâche,courent en avertir le roi: ils arrivent avec l’empressement degens qui apportaient une nouvelle heureuse; mais ils furenttrès froidement reçus : il les appela médiateurs volontaires, per-sista à soutenir que l’ordre du sultan et le fetfà du muphtiétaient forgés, puisqu’on venait d’envoyer demander de nou-veaux ordies à la Poite.

Le ministre anglais se relira, bien résolu de ne se plusmêler des affaires d’un prince si inflexible. M. Fabrice, aimédu roi, et plus accoutumé à son humeur que le ministre an-glais, resta avec lui pour le conjurer de ne pas hasarder unevie si précieuse dans une occasion si inutile.

Le roi çour toute réponse lui fit voir ses retranchemens,et le pria d employer sa médiation seulement pour lui faireavoir des vivres. On obtint aisément des Turcs de laisserpasser des provisions dans le camp du roi en attendant quele courier fût revenu d’Andrinople ; le kan même avait défenduà ses Tartares, impatiens du pillage, de rien attenter contreles Suédois jusqu’à nouvel ordre: de sorte que Charles XIIsortait quelquefois de son camp avec quarante chevaux, etcourait au milieu des troupes tartares, qui lui laissaient res-pectueusement le passage libre; il marchait même droit à leursrangs, et ils s’ouvraient plutôt que de résister.

Enfin l’ordre du grand-seigneur étant venu de passer aufil de l’épée tous les Suédois qui feraient la moindre résistance,et de ne pas épargner la vie du roi, le hacha eut la complai-sance de montrer cet ordre à M. Fabrice, afin qu’il fit undernier effort sur l’esprit de Charles. Fabrice vint faire aus-sitôt ce triste rapport. ,,Avez-vous vu l’ordre dont vous par-lez? dit le roi. Oui, répondit Fabrice. Hé bien, dites-leurde ma part que c’est un second ordre qu’ils ont supposé, etque je ne veux point partir." Fabrice se jeta à ses pieds, semit en colère, lui reprocha son opiniâtreté; tout fut inutile.,,Retournez à vos Turcs, lui dit le roi en souriant; s’ils m’at-taquent je saurai bien me défendre."

Les chapelains du roi se mirent aussi à génoux devantlui, le conjurant de ne pas exposer à un massacre certain lesmalheureux restes de Pultava, et sur-tout sa personne sacrée;l’assurant de plus que cette résistance était injuste, qu’il vio-lait les droits de l’hospitalité en s’opiniâtrant h rester par forcechez des étrangers qui l’avaient si long-temps et si généreu-sement secouru. Le roi, qui ne s’était point fâché contre