LIVRE VIL 147
sofa; mais le roi, ne prenant pas seulement garde aux civilitésdu Turc, se tint debout dans la tente.
„Le Tout-Puissant soit béni ('), dit le hacha, de ce queta majesté est en vie! mon désespoir est amer d’avoir été ré-duit par ta majesté à exécuter les ordres de sa hautesse. 11Le roi, fâché seulement de ce que ses trois cents soldatss’étaient laissé prendre dans leurs retranchemens, dit au hacha:„Ah! s’ils s’étaient défendus comme ils devaient, on ne nousaurait pas forcés en dix jours. — Hélas! dit le Turc, voilàdu courage bien mal employé. 11 Il lit reconduire le roi àBender sur un cheval richement caparaçonné. Ses Suédoisétaient ou tués ou pris; tout son équipage, ses meubles, sespapiers, ses liai des les plus nécessaires, pillés ou bridés; onvoyait sur les chemins des officiers suédois presque nus, en-chaînés deux à deux, et suivant à pied des Tartares ou desjanissaires. Le chancelier, les généraux, n’avaient point unautre sort; ils étaient esclaves des soldats à qui ils étaientéchus en partage.
Ismaël hacha, ayant conduit Charles XII dans son sérail' de Bender, lui céda son appartement, et le fit servir en roi,non sans prendre la précaution de mettre des janissaires ensentinelle à la porte de la chambre. On lui prépara un lit; maisil se jeta tout botté sur un sofa, et dormit profondément. Unofficier, qui se tenait debout auprès de lui, lui couvrit la têted’un bonnet que le roi jeta en se réveillant de son premiersommeil; et le Turc voyait avec étonnement ira souverain quicouchait en bottes et nu-tête. Le lendemain matin Ismaël in-troduisit Fabrice dans la chambre du roi: Fabrice trouva ceprince avec ses habits déchirés, ses bottes, ses mains et toutesa personne couvertes de sang et de pondre, les sourcils bridés,mais l’air serein dans cet état affreux. Il se jeta à génouxdevant lui sans pouvoir proférer une parole: rassuré bientôtpar la manière libre et douce dont le roi lui parlait, il repritavec lui sa familiarité ordinaire, et tous deux s’entretinrent enriant du combat de Bender. ,,On prétend, dit Fabrice, quevotre majesté a tué vingt janissaires de sa main. 11 —- „Bon,bon! dit le roi, on augmente toujours les choses de la moitié. 11Au milieu de cette conversation le hacha présenta au roi sonfavori Grothusen, et le colonel Ribbins, qu’il avait eu la gé-nérosité de racheter à ses dépens. Fabrice se chargea ( 2 ) dela rançon des autres prisonniers.
Jeffireys, l’envoyé d’Angleterre, se joignit à lui pour four-nir à cette dépense: un Français que la curiosité avait amenéa Bender, et qui a écrit une partie des évènemens que l'on
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