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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DK CHARLES XII.

rapporte, donna aussi ce qu’il avait. Ces étrangers, assistésries soins et même de l’argent du hacha, rachetèrent non seu-lement les officiers, mais encore lenrs habits des mains desTurcs et des Tartares.

Dès le lendemain on conduisit le roi prisonnier, dans unchariot couvert d’écarlate, sur le chemin d’Andrinople: sontrésorier Grothusen était avec lui; le chancelier Mullern etquelques officiers suivaient dans un autre char: plusieurs étaientà cheval; et lorsqu’ils jetaient les yeux sur le chariot oùétait le roi ils ne pouvaient retenir leurs larmes; le hacha étaith la tète de l’escorte. Fabrice lui représenta qu’il était hon-teux de laisser le roi sans épée, et le pria de lui en donnerune. „Dien m’en préserve! dit le hacha; il voudrait nous encouper la barbe cependant il la lui rendit quelques heuresapres.

Comme on conduisait ainsi prisonnier et désarmé ce roiqui peu d’années auparavant avait donné la loi à tant d’états,et qui s’était vu l’arbitre du nord et la terreur de l’Europe,on vit au même endroit un autre exemple de la fragilité desgrandeurs humaines. >

Le roi Stanislas avait été arrêté sur les terres des Turcs,et on l’amenait prisonnier à Bender dans le temps même qu’ontransférait Charles XII.

Stanislas, n’étant plus soutenu par la main qui l’avait faitroi, se trouvant sans argent, et par conséquent sans parti enPologne, s’était retiré d’abord en Poméranie; et ne pouvantplus se conserver son royaume, il avait défendu autant cju’ill’avait pu les états de son bienfaiteur. Il avait même passe ( 3 )en Suède pour précipiter les secours dont on avait besoin dansla Poméranie et dans la Livonie; il avait fait tout ce qu’ondevait attendre de l’ami de Charles XII. En ce temps lepremier roi de Prusse, prince très sage, s’inquiétant avec raisondu voisinage des Moscovites, imagina de se liguer avec Au-guste et la république de Pologne pour renvoyer les Russesdans leur pays, et de faire entrer Charles XII lui-même dansce projet. Trois grands évènemens devaient en être le fruit,la paix du nord, le retour de Charles dans ses états, et unebarrière opposée aux Russes, devenus formidables à l’Europe. )

Le préliminaire de ce traité, dont dépendait la tranquillitépublique, était l’abdication de Stanislas : non seulement Stanis-las l’accepta, mais il se chargea d'être le négociateur d’unepaix qui lui enlevait la couronne; la nécessité, le bien public,la gloire du sacrifice, et l’intérêt de Charles, h qui il devaittout et qu’il aimait, le déterminèrent. Il écrivit a Bender; il