LIVRE VII.
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les griefs du roi de Suède, d’accuser les ministres, et de de-mander vengeance avec d’autant plus de liberté, qu’en parlantau sultan même il était censé ne parler qu’à son égal. Havait reconnu aisément le grand-seigneur malgré fobscurité dela prison, et il n’en fut que plus hardi dans la conversation.Le prétendu officier des janissaires dit à Villelongue ces propresparoles: „Chrétien, assure-toi que le sultan mon maître al’ame d’un empereur, et que si ton roi de Suède a raison illui fera justice. 11 Villelongue fût bientôt élargi. On vit quel-ques semaines après un changement subit dans le sérail, dontles Suédois attribuèrent la cause à cette unique conférence.Le mufti fut déposé, le kan des Tartares exilé à Rhodes, leséraskier baclia de Bender relégué dans une île de l'Archipel.
La Porte ottomane est si jujette à de pareils orages qu’ilest bien difficile de décider si en effet le sultan voulait apaiserle roi de Suède par ses sacrifices. La manière dont ce princefut traité ne prouve pas que la Porte s’empressât beaucoup àlui plaire.
Le favori Ali Coumourgi fut soupçonné d’avoir fait seultous ces changemens pour ses intérêts particuliers. On ditqu’il fit exiler le kan de Tartarie et le séraskier de Bendersous prétexte qu’ils avaient délivré au roi les douze centsbourses malgré l’ordre du grand-seignenr. Il mit sur le trônedes Tartares le frère du kan déposé, jeune homme de sonâge, qui aimait peu son frère, et sur lequel Ali Coumourgicomptait beaucoup dans les guerres qu’il méditait. A l’égarddu grand-visir Jussuf, il ne fut déposé que quelques semainesaprès, et Soliman hacha eut le titre de premier visir.
Je suis obligé de dire que M. de Villelongue et plusieursSuédois m’ont assuré que la simple lettre présentée au sultanau nom du roi avait causé tous ces grands changemens à laPorte; mais M. de Fiervilte m’a de son côté assuré tout lecontraire. J’ai trouvé quelquefois de pareilles contrariétés dansles mémoires que l’on m’a confiés. En ce cas tout ce quedoit faire un historien c’est de conter ingénument le fait, sansvouloir pénétrer les motifs, et de se borner à dire précisémentce qu’il sait, au lieu de deviner ce qu’il ne sait pas.
Cependant on avait conduit Charles XII dans le petitchâteau de Démirtash, auprès d’Andrinople. Une foule innom-brable de Turcs s’était rendue en cet endroit pour voir arri-ver ce prince: on le transporta de son chariot au château surun sofa; mais Charles, pour n’être point vu de cette multi-tude, se mit un carreau sur la tête.
La Porte se fit prier quelques jours de souffrir qui habitât