HISTOIRE DE CHARLES XII.
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à Démotica, petite ville à six lieues d’Andrinople, près (lu fa-meux fleuve Hébrus, aujourd'hui appelé Merizza. Comnourgidit au grand-visir Soliman: „Va( a ), fais avertir le roi deSuède qu’il peut rester à Démotica toute sa vie: je te répondsqu’avant un an il demandera à s’en aller de lui-même; maissur-tout ne lui fais point tenir d’argent.“
Ainsi on transféra le roi £ la petite ville de Démotica,où la Porte lui assigna un tliaïm considérable de provisionspour lui et pour sa suite: on lui accorda seulement vingt-cinqécus par jour en argent, pour acheter du cochon et du vin,deux sortes de provisions que les Turcs ne fournissent pas;mais la bourse de cinq cents écus par jour, qu’il avait à Ben-der, lui fut retranchée.
A peine fut-il à Démotica avec sa petite cour qu’on dé-posa le grand-visir Soliman; sa place lut donnée à IbrahimMolla, fier, brave, et grossier à l’excès. Il n’est pas inutilede savoir son histoire, afin que l’on connaisse plus particuliè-rement tous ces vice-rois de l’empire ottoman, dont la fortunede Charles a si long-temps dépendu.
Il avait été simple matelot à l’avénement du sultan Ach-met III. Cet empereur se déguisait souvent en homme privé,en iman, ou en dervis ; il se glissait le soir dans les cafés deConstantinople et dans les lieux publics pour entendre cequ’on disait de lui, et pour recueillir par lui-même les senti-mens du peuple. Il entendit un jour ce Molla qni se plaignaitque les vaisseaux turcs ne revenaient jamais avec des prises,et qni jurait que s’il était capitaine de vaisseau, il ne rentre-rait jamais dans le port de Constantinople sans ramener aveclui quelque bâtiment des infidèles. Le grand-seigneur ordonnadès le lendemain qu’on lui donnât un vaisseau à commander,et qu’on l'envoyât en course. Le nouveau capitaine revintquelques jours après avec une barque maltaise et une galiotede Gênes. Au bout de deux ans on le fit capitaine-généralde la mer, et enfin grand-visir. Dès qu’il fut dans ce posteil crut pouvoir se passer ( 9 ) du favori ; et, pour se rendre néces-saire, il projeta de faire la guerre aux Moscovites; dans cetteintention il lit dresser une tente près de l’endroit où demeuraitle roi de Suède.
Il invita ce prince à l’y venir trouver, avec le nouveaukan des Tartares et l’ambassadeur de France. Le roi, d’autantplus altier qu’il était malheureux, regardait comme le plussensible des affronts qu’un sujet osât l’envoyer chercher: ilordonna à son chancelier Mullern d’y aller à sa place; et depeur que les Turcs ne lui manquassent de respect, et ne le