LIVRE VII.
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forçassent \ commetre sa dignité, ce prince, extrême en tout,se mit au lit, et résolut de n’en pas sortir tant qu’il serait àDémotica. Il resta dix mois couché, feignant d’être malade:le chancelier Mullern, Grothusen, et le colonel Buhens, étaientles seuls qui mangeassent avec lui. Ils n’avaient aucune descommodités dont les Francs se servent; tout avait été pillé hl'affaire de Bender: de sorte qu’il s’en fallait bien ( l0 ) qu’il yeût dans leurs repas de la pompe et de la délicatesse. Ils seserraient eux-mêmes; et ce fut le chancelier Mullern qui litpendant tout ce temps la fonction de cuisinier.
Tandis que Charles XII passait sa vie dans son lit, ilapprit la désolation de toutes ses provinces situées hors de laSuède.
Le généra! Steinbock, illustre pour avoir chassé les Da-nois de la Scanie, pour avoir vaincu leurs meilleures troupesavec des paysans, soutint encore quelque temps la réputationdes armes suédoises: il défendit autant qu’il put la Poméranie etBrème, et ce que le roi possédait encore en Allemagne; maisil ne put empêcher les Saxons et les Danois réunis d’assiégerStade, ville forte et considérable, située près de l'Elbe, dansle duché de Brème; la ville fut bombardée et réduite en cendres,.et la garnison obligée de so rendre à discrétion, avant queSteinbeck pût s’avancer pour la secourir.
Ce général, qui avait environ douze mille hommes, dontla moitié était cavalerie, poursuivit les ennemis qui étaientune fois plus forts, et les atteignit enfin dans le duché deMecltlenbonrg, près d’un lieu nommé Gadebesck, et d’une petiterivière qui porte ce nom: il arriva vis-à-vis des Saxons et desDanois le 20 décembre 1712. 11 était séparé d’eux par un
marais: les ennemis, campés derrière ce marais, étaient appuyésà un bois; ils avaient l’avantage du nombre et du terrain, eton ne pouvait aller à eux qu’en traversant le marécage sousle feu de leur artillerie.
Steinbock passe à la tête de ses troupes, arrive en ordrede bataille, et engage un des combats les plus sanglans et les plusacharnés qui se fussent encore donnés entre ces deux nationsrivales. Après trois heures de cette mêlée si vive, les Danoiset les Saxons furent enfoncés, et quittèrent le champ de bataille.
Un fils du roi Auguste et de là comtesse de Konigsmarck,connu sous le nom de comte de Saxe, lit dans cette batailleson apprentissage de l’art de la guerre. C’est ce même comtede Saxe qui eut depuis l’honneur d’être élu duc de Courtaude,et à qui il n’a manqué que la force pour jouir du droit le plusincontestable qu'un homme puisse jamais avoir sur une sou-