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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DK CHARLES XII.

Le roi, après tous ces prodiges de valeur qui ne ser-vaient qu'à affaiblir ses forces, renfermé dans Stralsund, etprès d’y être forcé, était tel qu’on l’avait vu à Bender; il nes’étonnait de rien: le jour il faisait faire des coupures et desretranchemens derrière les murailles; la nuit il faisait dessorties sur l’ennemi. Cependant Stralsund était battu enbrèche; les bombes pleuraient sur les maisons; la moitié dela ville était en cendre: les bourgeois, loin de murmurer,pleins d’admiration pour leur maître, dont les fatigues, lasobriété, et le courage les étonnaient, étaient tous devenussoldats sous lui; ils l’accompagnaient dans les sorties; ilsétaient pour lui une seconde garnison.

Un jour que le roi dictait des lettres pour la Suède hun secrétaire ( B ), une bombe tomba sur la maison, perça letoit, et vint éclater près de la chambre même du roi; lamoitié du plancher tomba en pièces; le cabinet où le roidictait étant pratiqué en partie dans une grosse muraille, nesouffrit point de l’ébranlement, et, par un bonheur étonnant,nul des éclats qui sautaient en l’air n’entra dans ce cabinetdont la porte était ouverte. Au bruit de la bombe et au fra-cas de la maison qui semblait tomber, la plume échappa desmains du secrétaire: „Qu’y a-t-il donc? lui dit le roi d’unair tranquille; pourquoi n’écrivez-vous pas?“ Celui-ci ne putrépondre que ces mots : „Eh! sire, la bombe !“ „Hé bien, repritle roi, qu’a ,de commun la bombe avec la lettre que je vousdicte? continuez. “

Il y avait alors dans Stralsund un ambassadeur de Franceenfermé avec le roi de Suède: c’était un Colbert, comte deCroissy, lieutenant-général des armées de France, frère dumarquis de Torcy, célèbre ministre d’état, et parent de cefameux Colbert dont le nom doit être immortel en France.Envoyer un homme à la tranchée ou en ambassade auprèsde Charles XII, c’était presque la même chose. Le roi entre-tenait Croissy des heures entières dans les endroits les plusexposés pendant que le canon et les bombes tuaient du mondeà côté et derrière eux, sans que le roi s’aperçût du danger,ni que l’ambassadeur voulût lui faire seulement soupçonnerqu’il y avait des endroits plus convenables pour parler d’af-faires. Ce ministre fit ce qu’il put avant le siège pour mé-nager un accommodement entre les rois de Suède et dePrusse; mais celui-ci demandait trop, et Charles XII ne vou-lait rien céder. Le comte de Croissy n’eut donc dans sonambassade d’autre satisfaction que celle de jouir de la fami-liarité de cct homme singulier; il couchait souvent auprès de