LIVRE VIII.
«6
lni sur le même manteau; il avait, en partageant ses dangerset ses fatigues, acquis le droit de lui parler avec liberté:Charles encourageait celte hardiesse dans ceux qu’il aimait:il disait quelquefois au comte de Croissy: Vent , mnicdicnmusde retje: „Allons, disons un peu de mal de Charles XII.“C’est ce que cet ambassadeur m’a raconté.
Croissy resta jusqu’au 13 novembre dans la ville; et en-fin, ayant obtenu des ennemis permission de sortir avec sesbagages, il prit congé du roi de Suède, qu’il laissa an milieudes ruines de Stralsund avec une garnison dépérie des deuxtiers, résolu de soutenir un assaut.
Eu effet on en donna un deux jours après h l’ouvrage àcorne. Les ennemis s’en emparèrent deux fois, et en furentdeux fois chassés. Le roi y combattit toujours parmi les gré-nadirs: enfin le nombre prévalut; les assiégeans en demeu-rèrent les maîtres. Charles resta encore deux jours dans laville, attendant à tout moment un assaut général: il s’arrêtale 16 jusqu’à minuit sur un petit ravelin tout ruiné par lesbombes et par le canon: le jour d’après les officiers princi-paux le conjurèrent de ne plus rester dans une place qu’iln’était plus question de défendre: mais la retraite était deve-nue aussi dangereuse que la place même; la mer Baltiqueétait couverte de vaisseaux moscovites et danois;, on n avaitdans le port de Stralsund qu’une petite barque à voiles et àrames. Tant de périls qui rendaient cette retraite glorieusey déterminèrent Charles: il s’embarqua, la nuit du 20 décem-bre 1715, avec dix personnes seulement: il fallut casser laglace dont la mer était couverte dans le port; ce travail pé-nible dura plusieurs heures avant que la barque pût voguerlibrement. Les amiraux ennemis avaient des ordres précis dene point laisser sortir Charles de Stralsund, et de le prendremort ou vif. Heureusement ils étaient sous le vent, et nepurent l’aborder. Il courut un danger encore plus grand enpassant à la vue de l’ile de Rugen, près d’un endroit nom-mé la Babette, ovi les Danois avaient élevé une batterie dedouze canons: ils tirèrent sur le roi: les matelots faisaientforce de voiles et de rames pour s’éloigner; un coup de canontua deux hommes à côté de Charles ; un autre fracassa le mâtde la barque. An milieu de ces dangers le roi arriva versdeux de ses vaisseaux qui croisaient dans la mer Baltique.Dès le lendemain Stralsund se rendit: la garnison fut faiteprisonnière de guerre ; et Charles aborda à Isted en Scanie,et de là se rendit à Carelscroon, dans un état bien autre que