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HISTOIRE HE CHARLES XII.
quand il en partit quinze ans auparavant sur un vaisseau decent vingt canons, pour aller donner des lois au nord.
Si près de sa capitale on s’attendait ( 4 ) qu’il la reverraitaprès cette longue absence; mais son dessein était de n’y ren-trer qu’après des victoires : il ne pouvait se résoudre d’ailleursà revoir des peuples qui l’aimaient et qu’il était forcé d’op-primer pour se défendre contre ses ennemis. II voulut seule-ment voir sa soeur: il lui donna rendez-vous sur le bord dulac Veter, en Ostrogotliie; il s’y rendit en poste, suivi d’unseul domestique, et s’en retourna après avoir resté un jouravec elle.
He Carelscroon, où il séjourna l’hiver, il ordonna denouvelles levées d’hommes dans son royaume. Il croyait quetous ses sujets n’étaient nés que pour le suivre à la guerre,et il les avait accoutumés à le croire aussi. On enrôlait dejeunes gens de quinze ans. II ne resta dans plusieurs vil-lages que des vieillards, des enfans, et des femmes; on voyaitmême en beaucoup d’endroits les femmes seules labourer laterre.
Il était encore plus difficile d’avoir une flotte. Pour ysuppléer on donna des commissions à des armateurs, qui,moyennant des privilèges excessifs et ruineux pour le pays,équipèrent quelques vaisseaux: ces efforts étaient les dernièresressources de la Suède. Pour subvenir à tant de frais il fal-lut prendre la substance des peuples; il n’y eut point d’ex-torsion que l’on n’inventât sous le nom de taxe et d’impôt;on lit la visite dans toutes les maisons, et on en tira la moi-tié des provisions pour être mises dans les magasins du roi;on acheta pour son compte tout le fer qui était dans leroyaume, que le gouvernement paya en billets, et qu’il venditen argent. Tous ceux qui portaient des habits où il entrait dela soie, qui avaient des perruques, des épées dorées, furenttaxés; on mit un impôt excessif sur les cheminées. Le peu-ple, accablé de tant d’exactions, se fût révolté sous tout autreroi; mais le paysan le plus malheureux de la Suède savait queson maître menait une vie encore plus dure et plus frugaleque lui; ainsi tout se soumettait sans murmure à des rigueursque le roi endurait le premier.
Le danger public fit même oublier les misères particu-lières. On s’attendait à tout moment à voir les Moscovites,les Danois, les Prussiens, les Saxons, les Anglais même, des-cendie en Suède; cette crainte était si bien fondée et si forte,que ceux qui avaient de l’argent ou des meubles précieux lesenfouissaient dans la terre.