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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRK VIII.

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et les bourgeois avec de la monnaie de cuir, en attendantqu’on pût avoir des espèces réelles. Ces monnaies tictives,inventées par la nécessité, et auxquelles la bonne foi seulepeut donner un crédit durable, sont comme des billets-de-change, dont la valeur imaginaire peut excéder aisément lesfonds qui sont dans un état.

Ces ressources sont d’un excellent usage dans un payslibre: elles ont quelquefois sauvé une république; mais ellesruinent presque sûrement une monarchie; car les peuplesmanquant bientôt de confiance, le ministre est réduit h man-quer de bonne foi: les monnaies idéales se multiplient avecexcès, les particuliers enfouissent leur argent, et la machinese détruit avec une confusion accompagnée souvent des ^lusgrands malheurs. C’est ce qui arriva au royaume de Suede.

Le baron de Gortz, ayant d’abord répandu avec discré-tion dans le public les nouvelles espèces, fut entraîné en peude temps au-delà de ses mesures par la rapidité du mouve-ment qu’il ne pouvait plus conduire. Toutes les marchandi-ses et toutes les denrées ayant monté à un prix excessif, il( 10 ) fut forcé d’augmenter le nombre des espèces de cuivre:plus elles se multiplièrent, plus elles furent décréditées. LaSuède inondée de cette fausse monnaie ne forma qu'un cricontre le baron de Gortz. Les peuples, toujours pleins devénération pour Charles XII, n’osàient presque le haïr, etfaisaient tomber le poids de 1 er - aversion sur un ministrequi, comme étranger et comme gouvernant les finances, étaitdoublement assuré de la haine publique.

Un impôt qu’il voulut mettre sur le clergé acheva de lerendre exécrable à la nation; les prêtres, qui trop souventjoignent leur cause à celle de Dieu, l’appelèrent publiquementathée, parce qu’il leur demandait de l’argent. Les nouvellesespèces de cuivre avaient l’empreinte de quelques dieux del’antiquité; on en prit occasion d’appeler ces pièces de mon-naie les dieux du baron de Gortz.

A la haine publique contre lui se joignit la jalousie desministres, implacable à mesure qu’elle était alors impuissante.La soeur du roi et le prince son mari le craignaient commeun homme attaché par sa naissance au duc de llolstein, etcapable de lui mettre un jour la couronne de Suède sur latête. 11 n’avait plu (”) dans le royaume qu’à Charles XII;mais cette aversion générale ne servait qu’à confirmer l’amitiédu roi, dont les sentimens s’affermissaient toujours par lescontradictions. Il marqua alors au baron une confiance quiallait jusqu’à la soumission ; il lui laissa un pouvoir absolu