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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE VIII.

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tenter la fortune dans les pays étrangers avait amené depuispeu quelques partisans français comme lui au service du roide Pologne: il communiqua au ministre Flemining un projetpar lequel il répondait (“) d’aller avec trente officiers fran-çais déterminés enlever Stanislas dans son palais, et de l’a-mener prisonnier à Dresde. Le projet fut approuvé. Cesentreprises étaient alors assez communes: quelques uns deceux qu’en Italie on appelle braves avaient fait des coups pa-reils dans le Milanais durant la dernière guerre entre l’Alle-magne et la France: depuis même plusieurs Français réfugiésen Hollande avaient ose pénétrer jusqu’à Versailles, dans ledessein d’enlever le dauphin, et s’étaient saisis de la personnedu premier écuyer presque sous les fenêtres du chateau deLouis XIV.

L’aventurier disposa donc ses hommes et scs relais poursurprendre et pour enlever Stanislas. L’entreprise fut décou-verte la veille de l’exécution: plusieurs se sauvèrent, quelquesuns furent pris. Ils ne devaient point s’attendre à être trai-tés comme des prisonniers de guerre, mais comme des ban-dits. Stanislas, au lien de les punir, se contenta de leur fairequelques reproches pleins de bonté; il leur donna même del'argent pour se conduire; et montra par cette bonté géné-reuse qu’en elfet Auguste, son rival, avait raison de le craindre.

Cependant Charles partit une seconde fois pour la con-quête de la Norvège au mois d’octobre 1718: il avait si bienpris toutes ses mesures, qu’il espérait se rendre maître ensix mois de ce royaume. Il aima mieux aller conquérir desrochers au milieu des neiges et des glaces, dans l’àpreté del’hiver, qui tue les animaux en Suède même, où l’air estmoins rigoureux, que d’aller reprendre ses belles provincesd’Allemagne des mains de ses ennemis: c’est qu’il espéraitque sa nouvelle alliance avec le czar le mettrait bientôt enétat de resaisir toutes ces provinces ; bien plus, sa gloire étaitflattée d’enlever un royaume à son ennemi victorieux.

A l’embouchure du fleuve Tistendall, près de la manchede Danemarck, entre les villes de Bahus et d’Anslo, est situéeFréderickshall, place forte et importante, qu’on regardaitcomme la clef du royaume. Charles en forma le siège aumois de décembre. Le soldat, transi de froid, pouvait àpeine remuer la terre endurcie sous la glace; c’était ouvrirla tranchée dans une espèce de roc: mais les Suédois ne pou-vaient se rebuter en voyant à leur tête un roi qui partageaitleurs fatigues. Jamais Charles n’en essuya de plus grandes:sa constitution, éprouvée par dix-huit ans de travaux péni-