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Tome premier.
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MÉLITE, ACTE I, SCÈNE II.

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TIRCIS.

Tu le prends d’un haut ton, et je crois qu’au besoinCe discours emphatique irait encor bien loin.Pauvre amant, je te plains qui ne sais pas encoreQue bien qu’une beauté mérite qu’on l’adore,

Pour en perdre le goût, on n’a qu’à l’épouser.

Un bien qui nous est dû se fait si peu priser,Qu’une femme, fût-elle entre toutes choisie,

On en voit en six mois passer la fantaisie.

Tel au bout de ce temps n’en voit plus la beautéQu’avec un esprit sombre, inquiet, agité;

Au premier qui lui parle, ou jette l’œil sur elle,Mille sottes frayeurs lui brouillent la cervelle ;

Ce n’est plus lors qu’une aide à faire un favori,

Un charme pour tout autre, et non pour un mari.

ÉRASTE.

Ces caprices honteux et ces chimères vainesNe sauraient ébranler des cervelles bien saines;

Et quiconque a su prendre une fille d’honneurN’a point à redouter l’appât d’un suborneur.

TIRCIS.

Peut-être dis-tu vrai, mais ce choix difficileA ssez et trop souvent trompe le plus habile ;

Et l’hymen de soi-même est un si lourd fardeau,Qu’il faut l’appréhender à l’égal du tombeau.S’attacher pour jamais aux côtés d’une femme !Perdre pour des enfants le repos de son âme!

Voir ieur nombre importun remplir une maison!

Ah ! qu’on aime ce joug avec peu de raison!

ÉRASTE.

Mais il y faut venir ; c’est en vain qu’on recule,C’est en vain qu’on refuit, tôt ou tard on s’y brûle;Pour libertin qu’on soit, on s’y trouve attrapé :Toi-même, qui fais tant le cheval échappé,

Nous te verrons un jour songer au mariage.

TIRCIS.

Alors ne pense pas que j’épouse un visage :

Je règle mes désirs suivant mon intérêt.

Si Doris me voulait, toute laide qu’elle est,

Je l’estimerais plus qu’Aminte et qu’Hippolyte;

Son revenu chez moi tiendrait lieu de mérite :

C’est comme il faut aimer. L’abondance des biensPour l’amour conjugal a de puissants liens :

La beauté, les attraits, l’esprit, la bonne mine,Échauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine;Et l’hymen qui succède à ces folles amours,

Après quelques douceurs, a bien de mauvais jours.Une amitié si longue est fort mal assuréeDessus des fondements de si peu de durée.I.’argent dans le ménage a certaine splendeurQui donne un teint d’éclat à la même laideur;

Et tu ne peux trouver de si douces caressesDont le goût dure autant que celui des richesses

ÉRASTE.

Auprès de ce bel œil qui tient mes sens ravis,

A peine pourrais-tu conserver ton avis.

TIRCIS.

La raison en tous lieux est également forte.

ÉRASTE.

L’essai n’en coûte rien ; Médite est à sa porte ;

Allons, et tu verras dans ses aimables traitsTant de charmants appas, tant de brillants attraits,Que tu seras forcé toi-même à reconnaîtreQue si je suis un fou, j’ai bien raison de l’être.

TIRCIS.

Allons, et tu verras que toute sa beautéNe saura me tourner contre la vérité.

SCÈNE II.

MÉLITE, ÉRASTE, TIRCIS.

ÉRASTE.

De deux amis, madame, apaisez la querelle.

Un esclave d’amour le défend d’un rebelle;

Si toutefois un cœur qui n’a jamais aimé,

Fier et vain qu’il en est, peut être ainsi nommé.Comme, dès le moment que je vous ai servie,

J’ai cru qu’il était seul la véritable vie,

Il n’est pas merveilleux que ce peu de rapportEntre nos deux esprits sème quelque discord.

Je me suis donc piqué contre sa médisanceAvec tant de malheur, ou tant d’insuffisance,

Que des droits si sacrés et si pleins d’équitéN’ont pu se garantir de sa subtilité,

Et je l’amène ici, n’ayant plus que répondre,

Assuré que vos yeux le sauront mieux confondre.

MÉEITE.

Vous deviez l’assurer plutôt qu’il trouverait,

En ce mépris d’amour, qui le seconderait.

TIRCIS.

Si le cœur ne dédit ce que la bouche exprime,

Et ne fait de l’amour une plus haute estime,

Je plains les malheureux à qui vous en donnez,Comme à d’étranges maux par leur sort destinés.

MÉLITE.

Ce reproche sans cause avec raison m’étonne.

Je ne reçois d’amour et n’en donne à personne.

Les moyens de donner ce que je n’eus jamais !

ÉRASTE.

Ils vous sont trop aisés ; et par vous désormaisLa nature pour moi montre son injusticeA pervertir son cours pour me faire un supplice.

MÉLITE.

Supplice imaginaire, et qui sent son moqueur.

ÉRASTE.

Supplice qui déchire et mon âme et mon cœur.