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MÉLITE, ACTE II, SCÈNE VIII.
Chloris déjà sur lui n’a presque plus de force :Ainsi je suis deux fois vengé du ravisseur,Ruinant tout ensemble et le frère et la sœur.
A peine ai-je eu loisir de lui dire deux mots,
Qu’aussitôt le fantasque, en me tournant le dos,S’est échappé de moi.
SCÈNE VII.
TIRCIS, ÉRASTE, MÉLITE.
TIRCIS.
Éraste, arrête un peu.
ÉRASTE.
Que me veux-tu ?
TIRCIS.
Te rendre
Ce sonnet que pour toi j’ai promis d’entreprendre.mélite , au travers d'une jalousie, cependantqu’Eraste lit le sonnet.
Que font-ils là tous deux? qu’ont-ils à démêler?
Ce jaloux à la fin le pourra quereller :
Du moins les compliments, dont peut-être ils sejouent,Sont des civilités qu’en l’âme ils désavouent.
TIRCIS.
J’y donne une raison de ton sort inhumain.
Allons , je le veux voir présenter de ta mainA ce charmant objet dont ton âme est blessée.
éraste , lui rendant son sonnet.
Une autre fois, Tircis ; quelque affaire presséeFait que je ne saurais pour l’heure m’en charger.
Tu trouveras ailleurs un meilleur messager.tircis , seul.
La belle humeur de l’homme! O dieux, quel person-Quel ami j’avais fait de ce plaisant visage ! [nage !
Une mine froncée, un regard de travers,
C’est le remercîment que j’aurai de mes vers.
Je manque, à son avis, d’assurance ou d’adresse,Pour les donner moi-même à sa jeune maîtresse,
Et prendre ainsi le temps de dire à sa beautéL’empire que ses yeux ont sur ma liberté.
Je pense l’entrevoir par cette jalousie :
Oui, mon âme de joie en est toute saisie.
Hélas! et le moyen de pouvoir lui parler,
Si mon premier aspect l’oblige à s’en aller?
Que cette joie est courte, et qu’elle est cher vendue !Toutefois tout va bien, la voilà descendue.
Ses regards pleins de feu s’entendent avec moi ;
Que dis-je? en s’avançant elle m’appelle à soi.
SCÈNE VIII.
MÉLITE, TIRCIS.
MÉLITE.
Eh bien! qu’avez-vous fait de votre compagnie?
TIRCIS.
Je ne puis rien juger de ce qui l’a bannie :
MELITE.
Sans doute il m’aura vue,
Et c’est de là que vient cette fuite imprévue.
TIRCIS.
Vous aimant comme il fait, qui l’eût jamais pensé?
MÉLITE.
Vous ne savez donc rien de ce qui s’est passé ?
TIRCIS.
J’aimerais beaucoup mieux savoir ce qui se passe,Et la part qu’a Tircis en votre bonne grâce.
MÉLITE.
Meilleure aucunement 1 qu’Éraste ne voudrait.
Je n’ai jamais connu d’amant si maladroit ;
Il ne saurait souffrir qu’autre que lui m’approche.Dieux! qu’à votre sujet il m’a fait de reproche !Vous ne sauriez me voir sans le désobliger.
TIRCIS.
Et de tous mes soucis c’est là le plus léger.
Toute une légion de rivaux de sa sorteNe divertirait pas l’amour que je vous porte,
Qui ne craindra jamais les humeurs d’un jaloux.
MÉLITE.
Aussi le croit-il bien, ou je me trompe.
TIRCIS.
Et vous ?
MÉLITE.
Bien que cette croyance à quelque erreur m’expose,Pour lui faire dépit, j’en croirai quelque chose.
TIRCIS.
Mais afin qu’il reçût un entier déplaisir,
Il faudrait que nos cœurs n’eussent plus qu’un désir,Et quitter ces discours de volontés sujettes,
Qui ne sont point de mise en l’état où vous êtes.Vous-même consultez un moment vos appas ;
Songez à leurs effets, et ne présumez pasAvoir sur tous les cœurs un pouvoir si suprême,
Sans qu’il vous soit permis d’en user sur vous-même.Un si digne sujet ne reçoit point de loi,
De règle, ni d’avis, d’un autre que de soi.
mélite.
Ton mérite, plus fort que ta raison flatteuse,
Me rend, je le confesse, un peu moins scrupuleuse.
Je dois tout à ma mère, et pour tout autre amantJe voudrais tout remettre à son commandement ;Mais attendre pour toi l’effet de sa puissance,
Sans te rien témoigner que par obéissance,
Tircis, ce serait trop ; tes rares qualités
1 Aucunement s’employait alors dans le sens de peut-être,en quelque sorte. Il a perdu cette signilication.