22 MÉLITE, ACTE
Dispensent mon devoir de ces formalités.
TIRCIS.
Que d’amour et de joie un tel aveu me donne !
M ÉLITE.
C’est peut-être en trop dire, etme montrertrop bonne ;Mais par là tu peux voir que mon affectionPrend confiance entière en ta discrétion.
TIRCTS.
Vous la verrez toujours dans un respect sincèreAttacher mon bonheur à celui de vous plaire,
N’avoir point d’autre soin, n’avoirpoint d’autre esprit;Et si vous en voulez un serment par écrit,
Ce sonnet, que pour vous vient de tracer ma flamme,Vous fera voir à nu jusqu’au fond de mon âme.
MÉLITE.
Garde bien ton sonnet, et pense qu’aujourd’huiMélite veut te croire autant et plus que lui.
Je le prends toutefois comme un précieux gageDu pouvoir que mes yeux ont pris sur ton courage.Adieu : sois-moi fidèle en dépit du jaloux.
TIRCIS.
O ciel ! jamais amant eut-il un sort plus doux !
«•««««««M
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
PHILANDRE.
Tu l’as gagné, Mélite ; il ne m’est pas possibleD’être à tant de faveurs plus longtemps insensible.
Tes lettres où sans fard tu dépeins ton esprit,
Tes lettres où ton cœur est si bien par écrit,Ontcharmétous mes sens par leurs douces promesses.Leur attente vaut mieux, Chloris, que tes caresses.
Ah ! Mélite, pardon ! je t’offense à nommerCelle qui m’empêcha si longtemps de t’aimer.
Souvenirs importuns d’une amante laissée,
Qui venez malgré moi remettre en ma penséeUn portrait que j’en veux tellement effacerQue le sommeil ait peine à me le retracer,
Hâtez-vous de sortir sans plus troubler ma joie ;
Et retournant trouver celle qui vous envoie,
Dites-lui de ma part, pour la dernière fois,
Qu’elle est en liberté de faire un autre choix ;
Que ma fidélité n’entretient plus ma flamme ;
Ou que s’il m’en demeure encore un peu dans l’âme,Je souhaite, en faveur de ce reste de foi,
Qu’elle puisse gagner au change autant que moi.Dites-lui que Mélite, ainsi qu’une déesse,
Est de tous nos désirs souveraine maîtresse,
III, SCÈNE II.
Dispose de nos cœurs, force nos volontés,
Et que par son pouvoir nos destins surmontésSe tiennent trop heureux de prendre l’ordre d’elle;Enfin que tous mes vœux...
SCÈNE II.
TIRCIS, PHILANDRE.
TIRCIS.
Philandre !
PHILANDRE.
Qui m’appelle?
TIRCIS.
Tircis, dont le bonheur au plus haut point montéNe peut être parfait sans te l’avoir conté.
PHILANDRE.
Tu me fais trop d’honneur par cette confidence.TIRCIS.
J’userais envers toi d’une sotte prudence,
Si je faisais dessein de te dissimulerCe qu’aussi bien mes yeux ne sauraient te celer.
PHILANDRE.
En effet, si l’on peut te juger au visage,
Si l’on peut par tes yeux lire dans ton courage,
Ce qu’ils montrent de joie à tel point me surprend,Que je n’en puis trouver de sujet assez grand ;
Rien n’atteint, ce me semble, aux signes qu’ils entircis. [donnent.
Que fera le sujet, si les signes t’étonnent?
Mon bonheur est plus grand qu’on ne peut soupçon-C’est quand tu l’auras su qu’il faudra t’étonner, [ner,
PHILANDRE.
Je ne le saurai pas sans marque plus expresse.
TIRCIS.
Possesseur, autant vaut....
PHILANDRE.
De quoi ?
TIRCIS.
D’une maîtresse
Belle, honnête, jolie, et dont l’esprit charmantDe son seul entretien peut ravir un amant ;
Eu un mot, de Mélite.
PHILANDRE.
Il est vrai qu’elle est belle :
Tu n’as pas mal choisi; mais....
TIRCIS.
Quoi, mais?
PHILANDRE.
T’aime-t-elle?
TIRCIS.
Cela n’est plus en doute.
PHILANDRE.
Et de cœur ?