24 MÉLITE, ACTE
tircis.
Que ta longueur me tue!
Dépêche.
PHILANDRE.
Le voilà que je te restitue.
AUTRE LETTRE SUPPOSÉE DE MELITE A PHILANDRE.
« Vous n’avez plus affaire qu’à Tircis, je le souf-« fre encore, afin que par sa hantise je remarque« plus exactement ses défauts et les fasse mieux« goûter à ma mère. Après cela Philandre et Mélite« auront tout loisir de rire ensemble des belles ima-« ginations dont le frère et la sœur ont repu leursn espérances. »
PHILANDRE.
Te voilà tout rêveur, cher ami ; par ta foi,
Crois-tu que ce billet s’adresse encore à toi ?
TIRCIS.
Traître! c’est donc ainsi que ma sœur mépriséeSert à ton changement d’un sujet de risée?
C’est ainsi qu’à sa foi Mélite osant manquer,
D’un parjure si noir ne fait que se moquer?
C’est ainsi que sans honte à mes yeux tu subornesUn amour qui pour moi devait être sans bornes?Suis-moi tout de ce pas ; que l’épée à la mainUn si cruel affront se répare soudain :
Il faut que pour tous deux ta tête me réponde.
PHILANDRE.
Si, pour te voir trompé , tu te déplais au monde,Cherche en ce désespoir qui t’en veuille arracher :Quant à moi, ton trépas me coûterait trop cher.
TIRCIS.
Quoi ! tu crains le duel ?
PHILANDRE.
Non; mais j’en crains la suite,Où la mort du vaincu met le vainqueur en fuite ;
Et du plus beau succès le dangereux éclatNous fait perdre l’objet et le prix du combat.
TIRCIS.
Tant de raisonnement et si peu de courageSont de tes lâchetés le digne témoignage.
Viens, ou dis que ton sang n’oserait s’exposer.
PHILANDRE.
Mon sang n’est plus à moi ; je n’en puis disposer.
Mais puisque ta douleur de mes raisons s’irrite,
J’en prendrai, dès ce soir, le congé de Mélite.
Adieu.
SCÈNE III.
TIRCIS.
Tu fuis, perfide, et ta légèretéT’ayant fait criminel, te met en sûreté!
Reviens, reviens défendre une place usurpée :
III, SCÈNE III.
Celle qui te chérit vaut bien un coup d’épée.
Fais voir que l’infidèle, en se donnant à toi,
A fait choix d’un amant qui valait mieux que moi :Soutiens son jugement, et sauve ainsi de blâmeCelle qui pour la tienne a négligé ma flamme.
Crois-tu qu’on la mérite à force de courir?
Peux-tu m’abandonner ses faveurs sans mourir?
O lettres, ô faveurs indignement placées ,
A ma discrétion honteusement laissées !
O gages qu’il néglige ainsi que superflus !
Je ne sais qui de nous vous diffamez le plus ;
Je ne sais qui des trois doit rougir davantage ;
Car vous nous apprenez qu’elle est une volage,
Son amant un parjure, et moi sans jugement,
De n’avoir rien prévu de leur déguisement :
Mais il le fallait bien que cette âme infidèle,Changeant d’affection, prît un traître comme elle ;Et que le digne amant qu’elle a su rechercherA sa déloyauté n’eût rien à reprocher.
Cependant j’en croyais cette fausse apparenceDont elle repaissait ma frivole espérance ;
J’en croyais ses regards, qui, tout remplis d’amour,Étaient de la partie en un si lâche tour.
O ciel ! vit-on jamais tant de supercherie,
Que tout l’extérieur ne fût que tromperie ?
Non, non, il n’en est rien; une telle beautéNe fut jamais sujette à la déloyauté.
Faibles et seuls témoins du malheur qui me touche,Vous êtes trop hardis de démentir sa bouche.
Mélite me chérit, elle me l’ajuré;
Son oracle reçu , je m’en tiens assuré.
Que dites-vous là contre ? êtes-vous plus croyables ?Caractères trompeurs, vous me contez des fables,Vous voulez me trahir; mais vos efforts sont vains :Sa parole a laissé son cœur entre mes mains.
A ce doux souvenir ma flamme se rallume :
Je ne sais plus qui croire ou d’elle ou de sa plume :L’une et l’autre en effet n’ont rien que de léger ;
Mais du plus ou du moins je n’en puis que juger.Loin, loin, doutes flatteurs que mon feu me suggèreJe vois trop clairement qu’elle est la plus légère ;
La foi que j’en reçus s’en est allée en l’air,
Et ces traits de sa plume osent encor parler,
Et laissent en mes mains une honteuse imageOù son cœur, peint au vif, remplit le mien de rage.Oui, j’enrage, je meurs, et tous mes sens troublésD’un excès de douleur se trouvent accablés;
Un si cruel tourment me gêne et me déchire,
Que je ne puis plus vivre avec un tel martyre.
Mais cachons-en la honte, et nous donnons du moinsCe faux soulagement, en mourant sans témoins :Que mon trépas secret empêche l’infidèleD’avoir la vanité que je sois mort pour elle.