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MÉLITE, ACTE III, SCÈNE V.
SCÈNE IV.
CHLORIS, TIRCIS.
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CHLORIS.
Mon frère, en ma faveur retourne sur tes pas.Dis-moi la vérité ; tu ne me cherchais pas.
Eh quoi! tu fais semblant de ne me pas connaître.
O dieux ! en quel état te vois-je ici paraître !
Tu pâlis tout à coup, et tes louches regardsS’élancent incertains presque de toutes parts!
Tu manques à la fois de couleur et d’haleine !
Ton pied mal affermi ne te soutient qu’à peine!
Quel accident nouveau te trouble ainsi les sens?
TIRCIS.
Puisque tu veux savoir le mal que je ressens,
Avant que d’assouvir l’inexorable envieDe mon sort rigoureux qui demande ma vie,
Je vais t’assassiner d’un fatal entretien,
Et te dire en deux mots mon malheur et le tien.
En nos chastes amours de tous deux on se moque ;Philandre... Ah! la douleur m’étouffe et me suffoque.Adieu, ma sœur, adieu; je ne puis plus parler :
Lis, et, si tu le peux, tâche à te consoler.
CHLORIS.
Ne m’échappe donc pas.
TIRCIS.
Ma sœur, je te supplie....
CHLORIS.
Quoi! que je t’abandonne à ta mélancolie?
Voyons auparavant ce qui te fait mourir,
Et nous aviserons à te laisser courir.
TIRCIS.
Hélas! quelle injustice!
ciiLORis, après avoir lu les lettres qu'il lui a données.
Est-ce là tout, fantasque ?Quoi! si la déloyale enfin lève le masque,
Oses-tu te fâcher d’être désabusé ?
Apprends qu’il te faut être en amour plus rusé ;Apprends que les discours des filles bien senséesDécouvrent rarement le fond de leurs pensées,
Et que, les yeux aidant à ce déguisement,
Notre sexe a le don de tromper finement.
Apprends aussi de moi que ta raison s’égare,
Que Mélite n’est pas une pièce si rare,
Qu’elle soit seule ici qui vaille la servir;
Assez d’autres objets y sauront te ravir.
Ne t’inquiète point pour une écerveléeQui n’a d’ambition que d’être cajolée,
Et rend à plaindre ceux qui, flattant ses beautés,
Ont assez de malheur pour en être écoutés.
Damon lui plut jadis, Aristandre, et Géronte ;Eraste après deux ans n’y voit pas mieux son compte.Elle t’a trouvé bon seulement pour huit jours,
Philandre est aujourd’hui l’objet de ses amours ;
Et peut-être déjà ( tant elle aime le change)
Quelque autre nouveauté le supplante et nous venge.Ce n’est qu’une coquette avec tous ses attraits ;
Sa langue avec son cœur ne s’accorde jamais.
Les infidélités sont ses jeux ordinaires ;
Et ses plus doux appas sont tellement vulgaires,Qu’en elle homme d’esprit n’admira jamais rienQue le sujet pourquoi tu lui voulais du bien.
TIRCIS.
Penses-tu m’arrêter par ce torrent d’injures ?
Que ce soient vérités, que ce soient impostures,
Tu redoubles mes maux au lieu de les guérir.
Adieu : rien que la mort ne peut me secourir.
SCÈNE V.
CHLORIS.
Mon frère... 11 s’est sauvé; son désespoir l’emporte :Me préserve le ciel d’en user de la sorte!
Un volage me quitte, et je le quitte aussi ;
Je l’obligerais trop de m’en mettre en souci.
Pour perdre des amants, celles qui s’en affligentDonnent trop d’avantage à ceux qui les négligent :
Il n’est lors que la joie; elle nous venge mieux;
Et la fit-on à faux éclater par les yeux ,
C’est montrer par bravade à leur vaine inconstanceQu’elle est pour nous toucher de trop peu d’importan-Que Philandre à son gré rende ses vœux contents ; [ce.S’il attend que j’en pleure , il attendra longtemps.Son cœur est un trésor dont j’aime qu’il dispose;
Le larcin qu’il m’en.fait me vole peu de chose;
Et l’amour qui pour lui m’éprit si follementM’avait fait bonne part de son aveuglement.
On enchérit pourtant sur ma faute passée ;
Dans la même folie une autre embarrasséeLe rend encor parjure, et sans âme, et sans foi,
Pour se donner l’honneur de faillir après moi.
Je meure, s’il n’est vrai que la moitié du mondeSur l’exemple d’autrui se conduit et se fonde!
A cause qu’il parut quelque temps m’enflammer,
La pauvre fille a cru qu’il valait bien l’aimer,
Et sur cette croyance elle en a pris envie :
Lui pût-elle durer jusqu’au bout de sa vie!
Si Mélite a failli me l’ayant débauché,
Dieux, par là seulement punissez son péché !
Elle verra bientôt que sa digne conquêteN’est pas une aventure à me rompre la tête :
Un si plaisant malheur m’en console à l’instant.
Ah ! si mon fou de frère en pouvait faire autant,
Que j’en aurais de joie, et que j’en ferais gloire!
Si je puis le rejoindre, et qu’il me veuille croire,
Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret