Band 
Tome premier.
Seite
26
JPEG-Download
 

26

MÉLITE, ACTE IV, SCÈNE I.

Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret.

Je me veux toutefois en venger par malice,

Me divertir une heure à m’en faire justice ;

Ces lettres fourniront assez d’occasionD’un peu de défiance et de division.

Si je prends bien mon temps, j’aurai pleine matièreA les jouer tous deux d’une belle manière.

En voici déjà l’un qui craint de m’aborder.

SCÈNE VI.

PHILANDRE, CHLORIS.

CHLOBIS.

Quoi ! tu passes, Philandre, et sans me regarder !

PHILANDRE.

Pardonne-moi, de grâce ; une affaire importuneM’empêche de jouir de ma bonne fortune;

Et son empressement, qui porte ailleurs mes pas,Me remplissait l’esprit jusqu’à ne te voir pas.

CHLORIS.

J’ai donc souvent le don d’aimer plus qu’on ne m’aime ;Je ne pense qu’à toi, j’en parlais en moi-même.

PHILANDRE.

Me veux-tu quelque chose?

CHLORIS.

Il t’ennuie avec moi;

Mais comme de tes feux j’ai pour garant ta foi,

Je ne m’alarme point. N’était ce qui te presse,

Ta flamme un peu plus loin eût porté la tendresse,Et je t’aurais fait voir quelques vers de TircisPour le charmant objet de ses nouveaux soucis.

Je viens de les surprendre, et j’y pourrais encoreJoindre quelques billets de l’objet qu’il adore;

Mais tu n’as pas le temps : toutefois si tu veuxPerdre un demi-quart d’heure à les lire nous deux...

PHILANDRE.

Voyons doncce quec’est, sans plus longue demeure ;Ma curiosité pour ce demi-quart d’heureS’osera dispenser.

CHLORIS.

Aussi tu me promets,

Quand tu les auras lus, de n’en parler jamais ;Autrement, ne crois pas...

philandre , reconnaissant les lettres.

Cela s’en va sans dire :

Donne, donne-les-moi, tu ne les saurais lire;

Et nous aurions ainsi besoin de trop de temps.

chloris , les resserrant.

Philandre, tu n’es pas encore où tu prétends ;Quelques hautes faveurs que ton mérite obtienne,Elles sont aussi bien en ma main qu’en la tienne ;

Je les garderai mieux, tu peux en assurerLa belle qui pour toi daigne se parjurer.

philandre.

Un homme doit souffrir d’une fille en colère ;

Mais je sais comme il faut les ravoir de ton frère;Tout exprès je le cherche; et son sang, ou le mien...

CHLORIS.

Quoi ! Philandre est vaillant, et je n’en savais rien !Tes coups sont dangereux quand tu ne veux pas fein-Mais ils ont le bonheur de se faire peu craindre ; [dre,Et mon frère, qui sait comme il s’en faut guérir,Quand tu l’aurais tué, pourrait n’en pas mourir.

PHILANDRE.

L’effet en fera foi, s’il en a le courage.

Adieu. J’en perds le temps à parler davantageTremble.

CHLORIS.

J’en ai grand lieu, connaissant ta vertu ;Pourvu qu’il y consente, il sera bien battu.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

MÉLITE, LA NOURRICE.

LA NOURRICE.

Cette obstination à faire la secrèteM’accuse injustement d’être trop peu discrète.

MÉLITE.

Ton importunité n’est pas à supporter.

Ce que je ne sais point, te le puis-je conter?

LA NOURRICE.

Les visites d’Éraste un peu moins assiduesTémoignent quelque ennui de ses peines perdues ;

Et ce qu’on voit par là de refroidissement -Ne fait que trop juger son mécontentement.

Tu m’en veux cependant cacher tout le mystère.

Mais je pourrais enfin en croire ma colère,

Et pour punition te priver des avis

Qu’a jusqu’ici ton cœur si doucement suivis.

MÉLITE.

C’est à moi de trembler après cette menace,

Et toute autre du moins tremblerait à ma place.

LA NOURRICE.

Ne raillons point. Le fruit qui t’en est demeuré( Je parle sans reproche, et tout considéré)Vautbien...Mais revenons à notre humeur chagrine ;Apprends-moi ce que c’est.

MÉLITE.

Veux-tu que je devine ?