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Tome premier.
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MÉLITE, ACTE IV, SCÈNE III.

Qu’aux pièces qu’on leur fait je ne puis consentir,

Ni même en rien savoir sans les en avertir.

Ainsi donc, au hasard d’être la mal venue,

Encor que je vous sois, peu s’en faut, inconnue,

Je viens vous faire voir que votre affectionN’a pas été fort juste en son élection.

MÉLITE.

Vous pourriez, sous couleur de rendre un bon office,Mettre quelque autre en peine avec cet artifice;

Niais pour m’en repentir j’ai fait un trop bon choix ;Je renonce à choisir une seconde fois ;

Et mon affection ne s’est point arrêtéeQue chez un cavalier qui l’a trop méritée.

CHLORIS.

Vous me pardonnerez, j’en ai de bons témoins ;

C’est l’homme qui de tous la mérite le moins.

MÉLITE.

Si je n’avais de lui qu’une faible assurance,

Vous me feriez entrer en quelque défiance ;

Mais je m’étonne fort que vous l’osiez blâmer,

Ayant quelque intérêt vous-même à l’estimer.ciiLoms.

Je l’estimai jadis, et je l’aime et l’estimePlus que je ne faisais auparavant son crime.

Ce n’est qu’en ma faveur qu’il ose vous trahir,

Et vous pouvez juger si je le puis haïr,

Lorsque sa trahison m’est un clair témoignageDu pouvoir absolu que j’ai sur son courage.

MÉLITE.

Le pousser à me faire une infidélité,

C’est assez mal user de cette autorité.

CHLORIS.

Me le faut-il pousser où son devoir l’oblige?

C’est son devoir qu’il suit alors qu’il vous néglige.

MÉLITE.

Quoi ! le devoir chez vous oblige aux trahisons !

CHLOEIS.

Quand il n’en aurait point de plus justes raisons,

La parole donnée, il faut que l’on la tienne.

MÉLITE.

Cela fait contre vous ; il m’a donné la sienne.

CHLOEIS.

Oui, mais ayant déjà reçu mon amitié,

Sur un vœu solennel d’être un jour sa moitié,

Peut-il s’en départir pour accepter la vôtre?

MÉLITE.

De grâce, excusez-moi, je vous prends pour une au-Et c’était à Chloris que je croyais parler. [tre,

CHLOEIS.

Vous ne vous trompez pas.

MÉLITE.

Donc, pour mieux me railler,La sœur de mon amant contrefait ma rivale?

CHLOEIS.

Donc, pour mieux m’éblouir, une âme déloyaleContrefait la fidèle? Ah ! Mélite, sachezQue je ne sais que trop ce que vous me cachez.Philandre m’a tout dit : vous pensez qu’il vous aime ;Mais, sortant d’avec vous, il me conte lui-mêmeJusqu’aux moindres discours dont votre passionTâche de suborner son inclination.

MÉLITE.

Moi, suborner Philandre ! ah ! que m’osez-vous dire !

CHLOEIS.

La pure vérité.

MÉLITE.

Vraiment, en voulant rire,

Vous passez trop avant; brisons là, s’il vous plaît.

Je ne vois point Philandre, et ne sais quel il est.

CHLOEIS.

Vous en croirez du moins votre propre écriture.Tenez, voyez, lisez.

MÉLITE.

Ah, dieux! quelle imposture!Jamais un de ces traits ne partit de ma main.

CHLOEIS.

Nous pourrions demeurer ici jusqu’à demain,

Que vous persisteriez dans la méconnaissance :

Je vous les laisse. Adieu.

MÉLITE.

Tout beau, mon innocenceVeut apprendre de vous le nom de l’imposteur,

Pour faire retomber l’affront sur son auteur.

CHLOEIS.

Vous pensez me duper, et perdez votre peine.

Que sert le désaveu quand la preuve est certaine ?

A quoi bon démentir ? à quoi bon dénier...

MÉLITE.

Ne vous obstinez point à me calomnier;

Je veux que si jamais j’ai dit mot à Philandre....

CHLOEIS. [prendre;

Remettons ce discours : quelqu’un vient nous sur-C’est le brave Lisis, qui semble sur le frontPorter empreints les traits d’un déplaisir profond.

SCÈNE III.

LISIS, MÉLITE, CHLORIS.

lisis , à Chloris.

Préparez vos soupirs à la triste nouvelleDu malheur où nous plonge un esprit infidèle ;Quittez son entretien, et venez avec moiPlaindre un frère au cercueil par son manque de foi.

MÉLITE.

Quoi, son frère au cercueil !

LISIS.

Oui, Tircis, plein de rage