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Inutiles regrets, repentirs superflus,
Vous ne me rendez pas Mélite qui n’est plus !
Vos mouvements tardifs ne la font pas revivre :
Elle a suivi Tircis, et moi je la veux suivre.
Il faut que de mon sang je lui fasse raisonEt de ma jalousie, et de ma trahison,
Et que de ma main propre une âme si fidèle [celle?Reçoive... Mais d’où vient que tout mon corps chan-Quel murmure confus! et qu’entends-je hurler?
Que de pointes de feux se perdent parmi l’air!
Les dieux à mes forfaits ont dénoncé la guerre,
Leur foudre décoché vient de fendre la terre,
Et, pour leur obéir, son sein me recevantM’engloutit, et me plonge aux enfers tout vivant.
Je vous entends, grands dieux; c’est là-bas que leursAux champs Élysiens éternisent leurs flammes; [âmesC’est là-bas qu’à leurs pieds il faut verser mon sang :La terre à ce dessein m’ouvre son large flanc,
Et jusqu’aux bords du Styx me fait libre passage ;
Je l’aperçois déjà, je suis sur.son rivage.
Fleuve, dont le saint nom est redoutable aux dieux,Et dont les neuf replis ceignent ces tristes lieux,N’entre point en courroux contre mon insolence,
Si j’ose avec mes cris violer ton silence :
J e ne te veux qu’un mot. Tircis est-il passé ?
Mélite est-elle ici? Mais qu’attends-je? insensé!
Ils sont tous deux si chers à ton funeste empire,
Que tu crains de les perdre, et n’oses m’en rien dire.Vous donc, esprits légers,qui,manquedetombeaux,Tournoyez vagabonds à l’entour de ces eaux,
A qui Caron cent ans refuse sa nacelle,
Ne m’en pourriez-vous point donner quelque nouvelle?Parlez, et je promets d’employer mon créditA vous faciliter ce passage interdit.
CLITON.
Monsieur, que faites-vous? Votre raison, troubléePar l’effort des douleurs dont elle est accablée,
MÉLITE, ACTE IV, SCÈlNE VIII.
SCÈNE VII.
PH1LANDRE.
EBASTE.
Ali! te voilà, Caron!
Dépêche promptement, et d’un coup d’avironPasse-moi, si tu peux, jusqu’à l’autre rivage.
CLITON.
Monsieur, rentrez en vous, regardez mon visage;Reconnaissez Cliton.
ÉBASTE.
Dépêche, vieux nocher,
Avant que ces esprits nous puissent approcher.
Ton bateau de leur poids fondrait dans les abîmes;
11 n’en aura que trop d’Éraste et de ses crimes.
Quoi ! tu veux te sauver à l’autre bord sans moi ?
Si faut-il qu’à ton cou je passe malgré toi.
{Il se jette sur les épaules de Cliton, qui l’emportederrière le théâtre. )
Présomptueux rival, dont l’absence importuneRetarde le succès de ma bonne fortune,
As-tu si tôt perdu cette ombre de valeurQue te prêtait tantôt l’effort de ta douleur?
Que devient à présent cette bouillante envieDe punir ta volage aux dépens de ma vie ?
11 ne tient plus qu’à toi que tu ne sois content ;
Ton ennemi t’appelle, et ton rival t’attend.
Je te cherche en tous lieux, et cependant ta fuiteSe rit impunément de ma vaine poursuite.
Crois-tu, laissant mon bien dans les mains de tasœur,En demeurer toujours l’injuste possesseur;
Ou que ma patience à la fin échappée(Puisque tu ne veux pas le débattre à l’épée),Oubliant le respect du sexe, et tout devoir,
Ne laisse point sur elle agir mon désespoir ?
SCENE VUE
ÉRASTE, PIIILANDRE.
ÉBASTE.
Détacher Ixion pour me mettre en sa place,
Mégères, c’est à vous une indiscrète audace.
Ai-je, avec même front que cet ambitieux,
Attenté sur le lit du monarque des cieux?
Vous travaillez en vain, barbares Euménides :
Non, ce n’est pas ainsi qu’on punit les perfides.
Quoi ! me presser encor ? Sus, de pieds et de mainsEssayons d’écarter ces monstres inhumains.
A mon secours, esprits ! vengez-vous de vos peines !Écrasons leurs serpents! chargeons-!es de vos chaînes!Pour ces filles d’enfer nous sommes trop puissants.
PHIL.ANDBE.
Il semble à ce discours qu’il ait perdu le sens.
Éraste, cher ami, quelle mélancolieTe met dans le cerveau cet excès de folie?
ÉBASTE.
Équitable Minos, grand juge des enfers,
Voyez qu’injustement on m’apprête des fers!
Faire un tour d’amoureux, supposer une lettre,
Ce n’est pas un forfait qu’on ne puisse remettre.
Il est vrai que Tircis en est mort de douleur,
Que Mélite après lui redouble ce malheur,
Que Chloris sans amant ne sait à qui s’en prendre :Mais la faute n’en est qu’au crédule Philandre ;
Lui seul en est la cause, et son esprit léger,
Qui trop facilement résolut de changer;
Car ces lettres, qu’il croit l’effet de ses mérites,
La main que vous voyez les a toutes écrites.