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EXAMEN DE MÉLITE.
la condamnais dès lors en mon âme ; mais comme c’étaitun ornement de théâtre qui ne manquait jamais déplaire,et se faisait souvent admirer, j’affectai volontiers ces grandségarements, et en tirai un effet que je tiendrais encore ad-mirable en ce temps : c’est la manière dont Éraste fait con-naître à Pliilandre, en le prenant pour Minos, la fourbe qu’illui a faite, et l’erreur où il l’a jeté. Dans tout ce que j’ai faitdepuis, je ne pense pas qu’il se rencontre rien de plus adroitpour un dénotaient.
Tout le cinquième acte peut passer pour inutile. Tirciset Mélite se sont raccommodés avant qu’il commence, et parconséquent l’action est terminée. 11 n’est plus question quede savoir qui a fait la supposition des lettres; et ils pou-vaient l’avoir su de Cbloris, à qui Pliilandre l’avait dit pourse justifier. 11 est vrai que cet acte retire Éraste de folie,qu’il le réconcilie avec les deux amants, et fait son mariageavec Cbloris ; mais tout cela ne regarde plus qu’une actionépisodique, qui ne doit pas amuser le théâtre quand la prin-cipale est finie; et surtout ce mariage a si peu d’apparence,qu’il est aisé de voir qu’on ne le propose que pour satisfaireà la coutume de ce temps-là, qui était de marier tout cequ’on introduisait sur la scène. 11 semble même que le per-sonnage de Pliilandre, qui part avec un ressentiment ridi-cule dont on ne craint pas l’effet, ne soit point achevé, etqu’il lui fallait quelque cousine de Mélite, ou quelque soeurd’Éraste, pour le réunir avec les autres. Mais dès lors je nem’assujettissais pas tout à fait à cette mode, et je me con-tentai de faire voir l’assiette de son esprit, sans prendre soinde le pourvoir d’une autre femme.
Quant à la durée de l’action, il est assez visible qu’ellepasse l’unité de jour; mais ce n’en est pas le seul défaut;
il y a de plus une inégalité d'intervalle entre les actes qu’ilfaut éviter. 11 doit s’être passé huit ou quinze jours entre lepremier et le second, et autant entre le second et le troi-sième; mais du troisième au quatrième il n’est pas besoinde plus d’une heure, et il en faut encore moins entre lesdeux derniers, de peur de donner le temps de se ralentir àcette chaleur qui jette Éraste dans l’égarement d’esprit. Jene sais même si les personnages qui paraissent deux foisdans un même acte (posé que cela soit permis, ce quej’examinerai ailleurs), je ne sais, dis-je, s’ils ont le loisir d’allerd’un quartier de la ville à l’autre, puisque ces quartiersdoivent être si éloignés l’un de l’autre, que les acteursaient lieu de ne pas s’entre-connaître. Au premier acte,Tircis, après avoir quitté Mélite chez elle, n’a que le tempsd’environ soixante vers pour aller chez lui, où il rencontrePliilandre avec sa sœur, et n’en a guère davantage au se-cond à refaire le îjième chemin. Je sais bien que la représen-tation raccourcit la durée de l’action, et qu’elle fait voir endeux heures, sans sortir de la règle, ce qui souvent a besoind’un jour entier pour s’effectuer; mais je voudrais que, pourmettre les choses dans leur justesse, ce raccourcissementse ménageât dans les intervalles des actes, et que le tempsqu’il faut perdre s’y perdît en sorte que chaque acte n’eneût, pour la partie de l’action qu’il représente, que ce qu’ilen faut pour sa représentation.
Ce coup d’essai a sans doute encore d’autres irrégularités ;mais je ne m’attache pas à les examiner si ponctuellementque je m’obstine à n’en vouloir oublier aucune. Je penseavoir marqué les plus notables; et pour peu que le lecteurait d’indulgence pour moi, j’espère qu’il ne s’offensera pasd’un peu de négligence pour le reste.
FIN DE MELITE.