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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE II, SCÈNE III.

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Dedans mon désespoir, tout me fuit ou me nuit.

La terre n’entend point la douleur qui me presse ;

Le ciel me persécute, et l’enfer me délaisse.Affronte-les, Pymante, et sauve en dépit d’euxTa vie et ton honneur d’un pas si dangereux. [ me;Si quelque espoir te reste, il n’est plus qu’en toi-mê-Et, si tu veux t’aider, ton mal n’est pas extrême.Passe pour villageois dans un lieu si fatal ;

Et réservant ailleurs la mort de ton rival,

Fais que d’un même habit la trompeuse apparenceQui le mit en péril te mette en assurance.

Mais ce masque l’empêche, et me vient reprocherUn crime qu’il découvre au lieu de me cacher.

Ce damnable instrument de mon traître artifice,Après mon coup manqué, n’en est plus que l’indice ;Et ce fer qui tantôt, inutile en ma main,

Que ma fureur jalouse avait armée en vain,

Sut si mal attaquer et plus mal me défendre,

N’est propre désormais qu’à me faire surprendre.

{Il jette son masque et son épée dans la grotte. )Allez, témoins honteux de mes lâches forfaits,

N’en produisez non plus de soupçons que d’effets.Ainsi n’ayant plus rien qui démente ma feinte,Dedans cette forêt je marcherai sans crainte,

Tant que...

SCÈNE IL

LYSARQUE, PYMANTE, archers.

LYSARQUE.

Mon grand ami.

PYMANTE.

Monsieur?

LYSARQUE.

Viens ça; dis-nous,

N’as-tu point ici vu deux cavaliers aux coups?

PYMANTE.

Non, monsieur.

LYSARQUE.

Ou l’un d’eux se sauver à la fuite ?

PYMANTE.

Non, monsieur.

LYSARQUE.

Ni passer dedans ces bois sans suite?

PYMANTE.

Attendez, il y peut avoir quelque huit jours...

LYSARQUE.

Je parle d’aujourd’hui : laisse-là ces discours;Réponds précisément.

PYMANTE.

Pour aujourd’hui, je pense...Toutefois, si la chose était de conséquence,

Dans le prochain village on saurait aisément...

LYSARQUE.

Donnons jusques au lieu ; c’est trop d’amusement.

PYMANTE, seul.

Ce départ favorable enfin me rend la vie,

Que tant de questions m’avaient presque ravie.

Cette troupe d’arcliers, aveugles en ce point,

Trouve ce qu’elle cherche et ne s’en saisit point,

Bien que leur conducteur donne assez à connaîtreQu’ils vont pour arrêter l’ennemi de son maître,J’échappe néanmoins en ce pas hasardeuxD’aussi près de la mort que je me voyais d’eux.

Que j’aime ce péril, dont la vaine menacePromettait un orage, et se tourne en bonace ;

Ce péril, qui ne veut que me faire trembler,

Ou plutôt qui se montre, et n’ose m’accabler !

Qu’à bonne heure défait d’un masque et d’une épée,J’ai leur crédulité sous ces habits trompée !

De sorte qu’à présent deux corps désanimésTermineront l’exploit de tant de gens armés,

Corps qui gardent tous deux un naturel si traître,Qu’encore après leur mort ils vont trahir leur maître,Et le faire l’auteur de cette lâcheté,

Pour mettre à ses dépens Pymante en sdreté !

Mes habits, rencontrés sous les yeux de Lysarque.Peuvent de mes forfaits donner seuls quelque marque ;Mais s’il ne les voit pas, lors sans aucun effroiJe n’ai qu’à me ranger en hâte auprès du roi,

Où je verrai tantôt avec effronterieClitandre convaincu de ma supercherie.

SCÈNE III.

LYSARQUE, archers.

lysarque regarde les corps de Géronte et deLycaste.

Cela ne suffît pas; il faut chercher encor,

Et trouver, s’il se peut, Ciltandre ou Rosidor.

Amis, sa majesté, par ma bouche avertieDes soupçons que j’avais touchant cette partie,Voudra savoir au vrai ce qu’ils sont devenus.

PREMIER ARCHER.

Pourrait-elle en douter? Ces deux corps reconnusFont trop voir le succès de toute l’entreprise.lysarque.

Et qu’en présumes-tu?

PREMIER ARCHER.

Que malgré leur surprise,Leur nombre avantageux, et leur déguisement,Rosidor de leurs mains se tire heureusement.

LYSARQUE.

Ce n’est qu’en me flattant que tu te le figures;

Pour moi, je n’en conçois que de mauvais augures,Et présume plutôt que son bras valeureuxAvant que de mourir s’est immolé ces deux.