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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE III, SCÈNE II.

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Il semble l’un pour l’autre exprès nous conserver.

ALCANDRE.

Je t’entends, Rosidor ; par là tu me veux direQu’il faut qu’avec le ciel ma volonté conspire,

Et ne s’oppose pas à ses justes décrets,

Qu’il vient de témoigner par tant d’avis secrets.

Eh bien ! je veux moi-même en parler à la reine ;

Elle se fléchira, ne t’en mets pas en peine.

Achève seulement de me rendre raisonDe ce qui t’arriva depuis sa pâmoison.

ROSIDOR.

Sire, un mot désormais suffit pour ce qui reste.Lysarque et vos archers depuis ce lieu funesteSe laissèrent conduire aux traces de mon sang,

Qui, durant le chemin , me dégouttait du flanc ;

Et me trouvant enfin dessous un toit rustique,Ranimé par les soins de son amour pudique,

Leurs bras officieux m’ont ici rapporté.

Pour en faire ma plainte à votre majesté.

Non pas que je soupire après une vengeanceQui ne peut me donner qu’une faur.se allégeance :

Le prince aime Clitandre, et mon respect consentQue son affection le déclare innocent ;

Mais si quelque pitié d’une telle infortunePeut souffrir aujourd’hui que je vous importune,Otant par un hymen l’espoir à mes rivaux,

Sire, vous taririez la source de nos maux.

ALCANDRE.

Tu fuis à te venger ; l’objet de ta maîtresseFait qu’un tel désir cède à l’amour qui te presse ;Aussi n’est-ce qu’à moi de punir ces forfaits,

Et de montrer à tous, par de puissants effets,Qu’attaquer Rosidor c’est se prendre à moi-même :Tant je veux que chacun respecte ce que j’aime!

Je le ferai bien voir. Quand ce perfide tourAurait eu pour objet le moindre de ma cour,

Je devrais au public, par un honteux supplice,

De telles trahisons l’exemplaire justice.

Mais Rosidor surpris, et blessé comme il l’est,

Au devoir d’un vrai roi joint mon propre intérêt.

Je lui ferai sentir, à ce traître Clitandre,

Quelque part que le prince y puisse ou veuille prendre,Combien mal à propos sa folle vanitéCroyait dans sa faveur trouver l’impunité.

Je tiens cet assassin ; un soupçon véritable,

Que m’ont donné les corps d’un couple détestable,De son lâche attentat m’avait si bien instruit,

Que déjà dans les fers il en reçoit le fruit.

(à Caliste.)

Toi, qu’avec Rosidor le bonheur a sauvée,

Tu te peux assurer que Dorise trouvée,

Comme ils avaient choisi même heure à votre mort,En même heure tous deux auront un même sort.

CALISTE.

Sire, ne songez pas à cette misérable;

Rosidor garanti me rend sa redevable ;

Et je me sens forcée à lui vouloir du bienD’avoir à votre état conservé ce soutien.

ALCANDRE.

Le généreux orgueil des âmes magnanimesPar un noble dédain sait pardonner les crimes ;

Mais votre aspect m’emporte à d’autres sentiments,Dont je ne puis cacher les justes mouvements ;

Ce teint pâle à tous deux me rougit de colère,

Et vouloir m’adoucir, c’est vouloir me déplaire.

ROSIDOR.

Mais, sire, que sait-on ? peut-être ce rival,

Qui m’a fait, après tout, plus de bien que de mal,Sitôt qu’il vous plaira d’écouter sa défense,

Saura de ce forfait purger son innocence.

ALCANDRE.

Et par où la purger? sa main d’un trait mortelA signé son arrêt en signant ce cartel.

Peut-il désavouer ce qu’assure un tel gage,

Envoyé de sa part, et rendu par son page ?

Peut-il désavouer que ses gens déguisésDe son commandement ne soient autorisés ? [boue ;Les deux, tout morts qu’ils sont, qu’on les traîne à laJf autre, aussitôt que pris, se verra sur la roue;

Et pour le scélérat que je tiens prisonnier,

Ce jour que nous voyons lui sera le dernier.

Qu’on l’amène au conseil ; par forme il faut l’entendre,Et voir par quelle adresse il pourra se défendre.

Toi, pense à te guérir, et crois que, pour le mieux,Je ne veux pas montrer ce perfide à tes yeux :

Sans doute qu’aussitôt qu’il se ferait paraître,

Ton sang rejaillirait au visage du traître.

ROSIDOR.

L’apparence déçoit, et souvent on a vuSortir la vérité d’un moyen imprévu,

Bien que la conjecture y fût encor plus forte ;

Du moins,sire, apaisez l’ardeur qui vous transporte;Que, Pâme plus tranquille et l’esprit plus remis,

Le seul pouvoir des lois perde nos ennemis.

ALCANDRE.

Sans plus m’importuner, ne songe qu’à tes plaies.Non, il ne fut jamais d’apparences si vraies.

Douter de ce forfait, c’est manquer de raison.Derechef, ne prends soin que de ta guérison.

SCÈNE II.

ROSIDOR, CALISTE.

ROSIDOR.

Ah! que ce grand courroux sensiblement m’afflige!

CALISTE.

C’est ainsi que le roi, te refusant, t’oblige :