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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE III, SCÈNE V.

Il te donne beaucoup en ce qu’il t’interdit,

Et tu gagnes beaucoup d’y perdre ton crédit.

On voit dans ces refus une marque certaineQue contre Rosidor toute prière est vaine.

Ses violents transports sont d’assurés témoinsQu’il t’écouterait mieux s’il te chérissait moins.

Mais un plus long séjour pourrait ici te nuire.

Ne perdons plus de temps ; laisse-moi te conduireJusque dans l’antichambre où Lysarque t’attend ;

Et montre désormais un esprit plus content.

BOSIDOB.

Si près de te quitter...

CALISTE.

N’achève pas ta plainte.

Tous deux nous ressentons cette commune atteinte ;Mais d’un fâcheux respect la tyrannique loiM’appelle chez la reine et m’éloigne de toi.

Il me lui faut conter comme l’on m’a surprise ;Excuser mon absence en accusant Dorise ;

Et lui dire comment, par un cruel destin,

Mon devoir auprès d’elle a manqué ce matin.

BOSIDOB.

Va donc, et quand son âme, après la chose sue,

Fera voir la pitié qu’elle en aura conçue, '

Figure-lui si bien Clitandre tel qu’il est,

Qu’elle n’ose en ses feux prendre plus d’intérêt.

CALISTE.

Ne crains pas désormais que mon amour s’oublie;Répare seulement ta vigueur affaiblie :

Sache bien te servir de la faveur du roi,

Et pour tout le surplus repose-t’en sur moi.

SCÈNE III.

CLITANDRE, en prison.

Je ne sais si je veille, ou si ma rêverieA mes sens endormis fait quelque tromperie,

Peu s’en faut, dans l’excès de ma confusion,

Que je ne prenne tout pour une illusion.

Clitandre prisonnier! je n’en fais pas croyableNi l’air sale et puant d’un cachot effroyable,

Ni de ce faible jour l’incertaine clarté,

Ni le poids de ces fers dont je suis arrêté ;

Je les sens, je les vois ; mais mon âme innocenteDément tous les objets que mon œil lui présente,

Et, le désavouant, défend à ma raisonDe me persuader que je sois en prison.

Jamais aucun forfait, aucun dessein infâmeN’a pu souiller ma main, ni glisser dans mon âme ;Et je suis retenu dans ces funestes lieux !

Non, cela ne se peut : vous vous trompez, mes yeux ;J’aime mieux rejeter vos plus clairs témoignages,J’aime mieux démentir ce qu'on me fait d’outrages,

Que de m’imaginer, sous un si juste roi,

Qu’on peuple les prisons d’innocents comme moi.

Cependant je m’y trouve ; et bien que ma penséeRecherche à la rigueur ma conduite passée,

Mon exacte censure a beau l’examiner,

Le crime qui me perd ne se peut deviner;

Et quelque grand effort que fasse ma mémoire,

Elle ne me fournit que des sujets de gloire.

Ah ! prince, c’est quelqu’un de vos faveurs jalouxQui m’impute à forfait d’être chéri de vous.

Le temps qu’on m’en sépare, on le donne à l’envieComme une liberté d’attenter sur ma vie.

Le cœur vous le disait, et je ne sais commentMon destin me poussa dans cet aveuglementDe rejeter l’avis de mon dieu tutélaire;

C’est là ma seule faute, et c’en est le salaire,

C’en est le châtiment que je reçois ici.

On vous venge, mon prince, en me traitant ainsi ;Mais vous saurez montrer, embrassant ma défense,Que qui vous venge ainsi puissamment vous offense.Les perfides auteurs de ce complot maudit,

Qu’à me persécuter votre absence enhardit,

A votre heureux retour verront que ces tempêtes,Clitandre préservé, n’abattront que leurs têtes.

Mais on ouvre, et quelqu’un, dans cette sombre hor-Par son visage affreux redouble ma terreur. [ reur,

SCÈNE IV.

CLITANDRE, le geôlieb.le geôlieb.

Permettez que ma main de ces fers vous détache.

CLITANDBE.

Suis-je libre déjà?

LE GEÔLIEB.

Non encor, que je sache.

CLITANDBE.

Quoi ! ta seule pitié s’y hasarde pour moi ?

LE GEÔLIEB.

Non, c’est un ordre exprès de vous conduire au roi.

CLITANDBE.

Ne m’apprendras-tu point le crime qu’on m’impute,Et quel lâche imposteur ainsi me persécute?

LE GEÔLIEB.

Descendons. Un prévôt, qui vous attend là-bas ,Vous pourra mieux que moi contenter sur ce cas.

SCÈNE V.

PYMANTE, DORISE.

ptm ante , regardant une aiguille qu'elle avait lais-sée par mégarde dans ses cheveux en se dégui-sant.

En vain pour m’éblouir vous usez de la ruse,