Band 
Tome premier.
Seite
60
JPEG-Download
 

GO CLIT ANDRE.

Approche, scélérat! Un homme de courageSe met avec honneur en un tel équipage ;

Attaque le plus fort un rival plus heureux ;

Et présumant encor cet exploit dangereux,

A force de présents et d’infâmes pratiques,

D’un autre cavalier corrompt les domestiques,Prend d’un autre le nom, et contrefait son seing,Afin qu’exécutant son perfide dessein,

Sur un homme innocent tombent les conjectures ?Parle, parle, confesse, et préviens les tortures.

PYMANTE.

Sire, écoutez-en donc la pure vérité.

Votre seule faveur a fait ma lâcheté,

Vous, dis-je, et cet objet dont l’amour me transporte.L’honneur doit pouvoir tout sur les gens de ma sorte ;Mais recherchant la mort de qui vous est si cher,Pour en avoir le fruit il me fallait cacher;

Reconnu pour l’auteur d’une telle surprise,

Le moyen d’approcher de vous ou de Dorise?

ALCANDRE.

Tu dois aller plus outre, et m’imputer encorL’attentat sur mon fils comme sur Rosidor :

Car je ne touche point à Dorise outragée ;

Chacun, ente voyant, la voit assez vengée,

Et coupable elle-même, elle a bien méritéL’affront qu’elle a reçu de ta témérité.

PYMANTE.

Un crime attire l’autre, et, de peur d’un supplice,On tâche, en étouffant ce qu’on en voit d’indice,

De paraître innocent à force de forfaits.

Je ne suis criminel sinon manque d’effets;

Et sans l’âpre rigueur du sort qui me tourmente,Vous pleureriez le prince, et souffririez Pymante.Mais que tardez-vous plus? j’ai tout dit : punissez.

ALCANDRE.

Est-ce là le regret de tes crimes passés?

Otez-le-moi d’ici ; je ne puis voir sans honteQue de tant de forfaits il tient si peu décompté :Dites à mon conseil que pour le châtiment,

J’en laisse à ses avis le libre jugement;

Mais qu’après son arrêt je saurai reconnaîtreL’amour que vers son prince il aura fait paraîtreViens çà, toi, maintenant, monstre de cruauté,Qui joins l’assassinat à la déloyauté,

Détestable Alecton, que la reine déçueAvait naguère au rang de sa fille reçue !

Quel barbare, ou plutôt quelle peste d’enferSe rendit ton complice et te donna ce fer?

DORISE.

L’autre jour, dans ces bois trouvé par aventure,Sire, il donna sujet à toute l’imposture;

Mille jaloux serpents qui me rongeaient le seinSur cette occasion formèrent mon dessein :

Je le cachai dès lors.

ACTE V, SCÈNE IV.

FLORIDAN.

Il est tout manifesteQue ce fer n’est enfin qu’un misérable resteDu malheureux duel où le triste ArimantLaissa son corps sans âme, et Daphné sans amant.Mais quant à son forfait, un ver de jalousieI Jette souvent notre âme en telle frénésie,

Que la raison, qu’aveugle un plein emportement.Laisse notre conduite à son déréglement ;

Lors tout ce qu’il produit mérite qu’on l’excuse.

ALCANDRE.

De si faibles raisons mon esprit ne s’abuse.

FLORIDAN.

Seigneur, quoi qu’il en soit, un fils qu’elle vous rendSous votre bon plaisir, sa défense entreprend ;Innocente ou coupable, elle assura ma vie.

ALCANDRE.

Ma justice en ce cas la donne à ton envie ;

Ta prière obtient même avant que demanderCe qu’aucune raison ne pouvait t’accorder.

Le pardon t’est acquis : relève-toi, Dorise,

Et va dire partout, en liberté remise,

Que le prince aujourd’hui te préserve à la foisDes fureurs de Pymante et des rigueurs des lois.

DORISE.

Après une bonté tellement excessive,

Puisque votre clémence ordonne que je vive,Permettez désormais, sire, que mes desseinsPrennent des mouvements plus réglés et plus sainsSouffrez que pour pleurer mes actions brutales,

Je fasse ma retraite avecque les vestales,

Et qu’une criminelle indigne d’être au jourSe puisse renfermer en leur sacré séjour.

FLORIDAN.

Te bannir de la cour après m’être obligée,

Ce serait trop montrer ma faveur négligée.

DORISE.

N’arrêtez point au monde un objet odieux,

De qui chacun, d’horreur, détournerait les yeux.

FLORIDAN. t

Fusses-tu mille fois encor plus méprisable,

Ma faveur te va rendre assez considérablePour t’acquérir ici mille inclinations.

Outre l’attrait puissant de tes perfections,

Mon respect à l’amour tout le monde convieVers celle à qui je dois et qui me doit la vie.

Fais-le voir, cher Clitandre, et tourne ton désirDu côté que ton prince a voulu te choisir;

Réunis mes faveurs t’unissant à Dorise.

CLITANDRE.

Mais par cette union mon esprit se divise,

Puisqu’il faut que je donne aux devoirs d’un épouxLa moitié des pensers qui ne sont dus qu’à vous.