LA VEUVE, ACTE IV, SCENE I,
Et qu’après avoir tant duré,
La peine qui n’est plus augmente nos délices !
Qu’un si doux souvenirM’apprête à l’avenirD’amoureuses tendresses !
Que mes malheurs finis auront de volupté!
Et que j’estimerai chèrement ces caressesQui m’auront tant coûté!
Mon heur me semble sans pareil ;
Depuis qu’en liberté notre amour m’en assure,
Je ne crois pas que le soleil....
SCÈNE IX.
CÉLIDAN, ALCIDON, CLARICE,
LA NOURRICE.
célidan dit ces mots derrière le théâtre.Cocher, attends-nous là.
CLABICE.
D’où provient ce murmure ?
ALCIDON.
Il est temps d’avancer ; baissons le tapabord ;
Moins nous ferons de bruit, moins il faudra d’effort.
CLABICE.
Aux voleurs ! au secours !
LA NOÜBBICE.
Quoi ! des voleurs, madame?
CLABICE.
Oui, des voleurs, nourrice.
la NOÜBBICE embrasse les genoux de Clarice, etl’empêche de fuir.
Ah ! de frayeur je pâme.CLABICE.
Laisse-moi, misérable.
CÉLIDAN.
Allons, il faut marcher,Madame ; vous viendrez.
CLABICE.
( Célidan lui met la main sur la bouche. ) .Aux vo.
CÉLIDAN.
( Il dit ces mots derrière le théâtre. )
Touche, cocher.
SCÈNE X.
LA NOURRICE, DORASTE, POLYMAS,LISTOR.
la noübbice, seule.
Sortons de pâmoison, reprenons la parole ;
Il nous faut à grands cris jouer un autre rôle.
Ou je n’y connais rien, ou j’ai bien pris mon temps :Ils n’en seront pas tous également contents ;
Et Philiste demain, cette nouvelle sue,
Sera de belle humeur, ou je suis fort déçue.
Mais par où vont nos gens? Voyons, qu’en sûretéJe fasse aller après par un autre côté.
A présent il est temps que ma voix s’évertue.
Aux armes ! aux voleurs ! on m’égorge, on me tue,On enlève madame! amis, secourez-nous !
A la force ! aux brigands ! au meurtre ! accourez tous,Doraste, Polymas, Listor.
POLYMAS.
Qu’as-tu, nourrice ?
LA NOÜBBICE.
Des voleurs...
POLYMAS.
Qu’ont-ils fait?
LA NOÜBBICE.
Ils ont ravi Clarice.
POLYMAS.
Comment! ravi Clarice?
LA NOÜBBICE.
Oui. Suivez promptement.Bons dieux! que j’ai reçu de coups en un moment !
DOBASTE.
Suivons-les : mais dis-nous la route qu’ils ont prise.
LA NOÜBBICE.
Us vont tout droit par là. Le ciel vous favorise !
(Elle est seule.)
Oh, qu’ils en vont abattre ! ils sont morts, c’en est fait ;Et leur sang, autant vaut, a lavé leur forfait :Pourvu que le bonheur à leurs souhaits réponde,
Ils les rencontreront s’ils font le tour du monde.Quant à nous, cependant, subornons quelques pleursQui servent de témoins à nos fausses douleurs.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
PHILISTE, LYCAS.
PHILISTE.
Des voleurs cette nuit ont enlevé Clarice !
Quelle preuve en as-tu ? quel témoin ? quel indice ?Ton rapport n’est fondé que sur quelque faux bruit.
LYCAS.
Je n’en suis par mes yeux, hélas! que trop instruit ;Les cris de sa nourrice en sa maison déserteM’ont trop suffisamment assuré de sa perte ;
Seule en ce grand logis, elle court haut et bas,
Elle renverse tout ce qui s’offre à ses pas,
Et sur ceux qu’elle voit frappe sans reconnaître ;