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LA VEUVE, ACTE IV, SCÈNE IL
A peine devant elle oserait-on paraître :
De furie elle écume, et fait sans cesse un bruitQue le désespoir forme, et que la rage suit ;
Et parmi ses transports, son hurlement faroucheNe laisse distinguer que Clarice en sa bouche.
PHILISTE.
Ne t’a-t-elle rien dit ?
LYC AS.
Soudain qu’elle m’a vu,
Ces mots ont éclaté d’un transport imprévu :
« Va lui dire qu’il perd sa maîtresse et la nôtre; »
Et puis incontinent, me prenant pour un autre,Elle m’allait traiter en auteur du forfait ;
Mais ma fuite a rendu sans fureur sans effet.
PH1LISTE.
Elle nomme du moins celui qu’elle en soupçonne?
LYCAS.
Ses confuses clameurs n’en accusent personne,
Et même les voisins n’en savent que juger.
PHILISTE.
Tu m’apprends seulement ce qui peut m’affliger,Traître, sans que je sache où, pour mon allégeanceAdresser ma poursuite, et porter ma vengeance.
Tu fais bien d’échapper; dessus toi ma douleur,Faute d’un autre objet, eût vengé ce malheur :Malheur d’autant plus grand que sa source ignoréeNe laisse aucun espoir à mon âme éplorée ;
Ne laisse à ma douleur, qui va finir mes jours,Qu’une plainte inutile au lieu d’un prompt secours :Faible, soulagement en un coup si funeste ;
Mais il s’en faut servir, puisque seul il nous reste.Plains, Philiste, plains-toi, mais avec des accentsPlus remplis de fureur qu’ils ne sont impuissants ;Fais qu’à force de cris poussés jusqu’en la nue,
Ton mal soit plus connu que sa cause inconnue ;Fais que chacun le sache, et que par tes clameursClarice, où qu’elle soit, apprenne que tu meurs.
Clarice, unique objet qui me tiens en servage,Reçois de mon ardeur ce dernier témoignage;
Vois comme en te perdant je vais perdre le jour,
Et par mon désespoir juge de mon amour.
Hélas ! pour en juger, peut-être est-ce ta feinteQui me porte à dessein cette cruelle atteinte,
Et ton amour, qui doute encor de mes serments,Cherche à s’en assurer par mes ressentiments.Soupçonneuse beauté, contente ton envie,
Et prends cette assurance aux dépens de ma vie.
Si ton feu dure encor, par mes derniers soupirsReçois ensemble et perds l’effet de tes désirs ;
Alors ta flamme en vain pour Philiste allumée,
Tu lui voudras du mal de t’avoir trop aimée ;
Et sûre d’une foi que tu crains d’accepter,
Tu pleureras en vain le bonheur d’en douter.
Que ce penser flatteur me dérobe à moi-même !
Quel charme à mon trépas de penser qu’elle m’aime !Et dans mon désespoir qu’il m’est doux d’espérerQue ma mort, à mon tour, la fera soupirer !
Simple, qu’espères-tu ? Sa perte volontaireNe veut que te punir d’un amour téméraire ;
Ton déplaisir lui plaît, et tous autres tourmentsLui sembleraient pour toi de légers châtiments.
Elle en rit maintenant, cette belle inhumaine ;
Elle pâme de joie au récit de ta peine,
Et choisit pour objet de son affectionUn amant plus sortable à sa condition.
Pauvre désespéré, que ta raison s’égare !
Et que tu traites mal une amitié si rare !
Après tant de serments de n’aimer rien que toi,
Tu la veux faire heureuse aux dépens de sa foi ;
Tu veux seul avoir part à la douleur commune ;
Tu veux seul te charger de toute l’infortune,
Comme si tu pouvais en croissant tes malheursDiminuer les siens, et l’ôter aux voleurs.
N’en doute plus , Philiste, un ravisseur infâmeA mis en son pouvoir la reine de ton âme,
Et peut-être déjà ce corsaire effrontéTriomphe insolemment de sa fidélité.
Qu’à ce triste penser ma vigueur diminue!
SCÈNE II.
PHILISTE, DORASTE, POLYMAS, LISTOR.
PHILISTE.
Mais voici de ses gens. Qu’est-elle devenue?
Amis , le savez-vous? N’avez-vous rien trouvéQui nous puisse éclaircir du malheur arrivé ?
DOllASTE.
Nous avons fait, monsieur, une vaine poursuite.
PHILISTE.
Du moins vous avez vu des marques de leur fuite.
DOKASTE.
Si nous avions pu voir les traces de leurs pas,
Des brigands ou de nous vous sauriez le trépas ;
Mais, hélas! quelque soin et quelque diligence...
PHILISTE.
Ce sont là des effets de votre intelligence,
Traîtres; ces feints hélas ne sauraient m’abuser.POLYMAS.
Vous n’avez point, monsieur, de quoi nous accuser.
PHILISTE.
Perfides, vous prêtez épaule à leur retraite,
Et c’est ce qui vous fait me la tenir secrète.
Mais voici... Vous fuyez ! vous avez beau courir,
Il faut me ramener ma maîtresse, ou mourir.doraste , rentvantavec ses compagnons, cepeïidantque Philiste les cherche derrière le théâtre.Cédons à sa fureur, évitons-en l’orage.