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Tome premier.
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LA SUIVANTE,

DAPHNIS.

Sa force vous excuse, et je lis dans votre âmeQu’à regret vous quittez l’objet de votre flamme.

SCÈNE VIII.

DAPHNIS, AMARANTE.

DAPHNIS.

Cette assiduité de Florame avec vousA la fin a rendu Théante un peu jaloux.

Aussi de vous y voir tous les jours attachée,

Quelle puissante amour n’en serait point touchée ?■Te viens d’examiner son esprit en passant ;

Mais vous ne croiriez pas l’ennui qu’il en ressent.Vous y devez pourvoir ; et, si vous êtes sage,

Il faut à cet ami faire mauvais visage,

Lui fausser compagnie, éviter ses discours :

Ce sont pour l’apaiser les chemins les plus courts ;Sinon, faites état qu’il va courir au change.

AMAHANTE.

11 serait, en ce cas, d'une humeur bien étrange.

A sa prière seule, et pour le contenter,

J’écoute cet ami quand il m’en vient conter ;

Et, pour vous dire tout, cet amant infidèleNe m’aime pas assez pour en être en cervelle '.

Il forme des desseins beaucoup plus relevés ,

Et de plus beaux portraits en son cœur sont gravés.Mes yeux pour l’asservir ont de trop faibles armes ;

Il voudrait, pour m’aimer, que j’eusse d’autres charmes;Que l’éclat de mon sang, mieux soutenu de biens ,Ne fût point ravalé par le rang que je tiens ;

Enfin ( que servirait aussi bien de le taire ?)

Sa vanité le porte au souci de vous plaire.

DAPHNIS.

En ce cas, il verra que je sais comme il fautPunir des insolents qui prétendent trop haut.

AMARANTE. [me,

Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flam-Vous voyez, par pitié, qu’il me laisse Florame,

Qui, n’étant pas si vain, a plus de fermeté.

DAPHNIS.

A marante, après tout, disons la vérité :

Théante n’est si vain qu’en votre fantaisie;

Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie : [rien ;Mais, soit qu’il change ou non, il ne m’importe enEt ce que je vous dis n’est que pour votre bien.

1 Être en cervelle est là pour concevoir de la jalousie, sansdoute parce que le premier effet de cette passion est d’affecterle cerveau.

ACTE II, SCÈNE I. tas

SCÈNE IX.

AMARANTE.

Pour peu savant qu’on soit aux mouvements de l’âme,On devine aisément qu’elle en veut à Florame.

Sa fermeté pour moi, que je vantais à faux,

Lui portait dans l’esprit de terribles assauts.

Sa surprise à ce mot a paru manifeste,

Son teint en a changé, sa parole, son geste :L’entretien que j’en ai lui semblerait bien doux ;

Et je crois que Théante en est le moins jaloux.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’en suis doutée.Être toujours des yeux sur un homme arrêtée,

Dans son manque de biens déplorer son malheur,Juger à sa façon qu’il a de la valeur,

Demander si l’esprit en répond à la mine,

Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine.Florame en est de même, il meurt de lui parler;

Et s’il peut d’avec moi jamais se démêler,

C’en est fait, je le perds. L’impertinente crainte !

Que m’importe de perdre une amitié si feinte?

Et que me peut servir un ridicule feu,

Où jamais de son cœur sa bouche n’a l’aveu ?

Je m’en veux mal en vain ; l’amour a tant de forceQu’il attache mes sens à cette fausse amorce,

Et fera son possible à toujours conserverCe doux extérieur dont on me veut priver.

ACTE SECOND.

SCÈNE PREMIÈRE.

GÉRASTE, CÉLIE.

CELIE.

Eh bien, j’en parlerai ; mais songez qu’à votre âgeMille accidents fâcheux suivent le mariage.

On aime rarement de si sages époux;

Et leur moindre malheur, c’est d’être un peu jaloux.Convaincus au dedaus de leur propre faiblesse,

Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse ;

Et cet heureux hymen, qui les charmait si fort,Devient souvent pour eux un fourrier 1 de la mort.

1 Suivant Nicot, fourrier vient de fourrer, qui signifie loger,mettre quelque chose en un lieu. Alciat fait dériver ce mot dulatin fores , portes. Quoi qu’il en soit de ces deux étymologies,qui peuvent l’une et l’autre se justifier, voici la définition queNicot donne d’un fourrier : « C’est celuy qui marque de crayeblanche les logis où chascun de ceulxqui suyventla court, ou ungrand seigneur, ou armee, doibvent loger dans ville, bourg ou