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Tome premier.
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126 la SUIVANTE, ACTE II, SCENE IV.

GÉRASTE.

Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie;

Le sort en est jeté : va, ma chère Célie,

Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi,Flatte-la de ma part, promets-lui tout de moi :Dis-lui que si l’amour d’un vieillard l’importune,Elle fait une planche 1 à sa bonne fortune ;

Que l’excès de mes biens, à force de présents,Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans ;

Qu’il ne lui peut échoir de meilleure aventure.

CÉLIE.

Ne m’importunez point de votre tablature :

Sans vos instructions, je sais bien mon métier;

Et je n’en laisserai pas un trait à quartier.

GÉRASTE.

Je ne suis point ingrat quand on me rend office.Peins-lui bien m*on amour, offre bien mon service,Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passésQu’il ne me reste encor...

CÉLIE.

Que vous m’étourdissez !N’est-ce point assez dit que votre âme est éprise ?Que vous allez mourir, si vous n’avez Florise?Reposez-vous sur moi.

GÉRASTE.

Que voilà froidementMe promettre ton aide à finir mon tourment !

CÉLIE.

S’il faut aller plus vite, allons, je vois son frère,

Et vais, tout devant vous, lui proposer l’affaire.

GÉRASTE.

Ce serait tout gâter ; arrête, et, par douceur,

Essaye auparavant d’y résoudre la sœur.

SCÈNE IL

FLORAME.

Jamais ne verrai-je finieCette incommode affection,

Dont l’impitoyable manieTyrannise ma passion?

Je feins, et je fais naître un feu si véritable,

Qu’à force d’être aimé je deviens misérable.

village. Et parce qu’il y en a plusieurs, chascun marque auquartier qui luy est donné par le mareschal des logis, escrivantà la porte du logis le nom et la qualité de celuy qui y doibt lo-ger, avec son paraphe. »

‘ Planche se prend pour un ais tout plein et uni, porté surles deux bords d’un fossé, pont, ruisseau, ou riverote, ou surles croupes de deux murailles servant à passer d’un lez àl’aul-tre ; pour lequel usage de ladicte planche on dict, par métaphore,faire la planche aux suyvants, quand plusieurs ont à passerpar une affaire difficile, et l’un en faict l’ouverture, et fraye lechemin le premier. (Nicot, Thresorde la langue françoise.)

Toi qui m’assièges tout le jour,

Fâcheuse cause de ma peine,

Amarante, de qui l’amourCommence à mériter ma haine,

Cesse de te donner tant de soins superflus ;

Je te voudrai du bien de ne m’en vouloir plus.

Dans une ardeur si violente,

Près de l’objet de mes désirs,

Penses-tu que je me contenteD’un regard et de deux soupirs ?

Et que je souffre encor cet injuste partage

Où tu tiens mes discours, et Daphnis mon courage ?

Si j’ai feint pour toi quelques feux,

C’est à quoi plus rien ne m’oblige :

Quand on a l’effet de ses vœux,

Ce qu’on adorait se néglige.

Je ne voulais de toi qu’un accès chez Daphnis :Amarante, je l’ai ; mes amours sont finis.

Théante, reprends ta maîtresse ;

N’ôte plus à mes entretiensL’unique sujet qui me blesse,

Et qui peut-être est las des tiens.

Et toi, puissant Amour, fais enfin que j’obtienneUn peu de liberté pour lui donner la mienne !

SCÈNE III.

AMARANTE, FLORAME,

AMARANTE.

Que vous voilà soudain de retour en ces lieux !

FLORAME.

Vous jugerez par là du pouvoir de vos yeux.

AMARANTE.

Autre objet que mes yeux devers nous vous attire.

FLORAME.

Autre objet que vos yeux ne cause mon martyre.

AMARANTE.

Votre martyre donc est de perdre avec moiUn temps dont vous voulez faire un meilleur emploi.

SCÈNE IV.

DAPHNIS, AMARANTE, FLORAME.

DAPHNIS.

Amarante, allez voir si dans la galerieIls ont bientôt tendu cette tapisserie :

Ces gens-là ne font rien, si l’on n’a l’œil sur eux.

( Amarante rentre, et Daphnis continue. )

Je romps pour quelque temps le discours de vos feux.

FLORAME.

N’appelez point des feux un peu de complaisance