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Tome premier.
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156
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156 LA PLACE ROYALE, ACTE III, SCÈNE VI. '

Et, sans aucun péril, t’en rendre possesseur.Ya-t’en donc, et me laisse auprès de ta maîtresseDe mon reste d’amour faire jouer l’adresse.

CLÉANDEE.

Cher ami...

ALIDOR.

Va-t’en, dis-je, et par tes complimentsCesse de t’opposer à tes contentements;

Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire.

CLÉANDEE.

Je vais donc te laisser ma fortune à conduire.

Adieu. Puissé-je avoir les moyens à mon tourDe faire autant pour toi que toi pour mon amour !alidor , seul.

Que pour ton amitié je vais souffrir de peine !

Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne.

Il faut encore un coup, m’exposant à ses yeux,Reprendre de l’amour, afin d’en donner mieux.

Mais reprendre un amour dont je veux me défaire,Qu’est-ce qu’à mes desseins un chemin tout contraire ?Allons-y toutefois, puisque je l’ai promis :

Et que la peine est douce à qui sert ses amis !

SCÈNE Y.

ANGÉLIQUE , dans son cabinet.

Quel malheur partout m’accompagne !

Qu’un indiscret hymen me venge à mes dépens !

Que de pleurs en vain je répands,

Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne!L’un m’est plus doux que l’autre, et j’ai moins de tour-Du crime d’Alidor que de son châtiment. [mentCe traître alluma donc ma flamme !

Je puis donc consentir à ces tristes accords !

Hélas ! par quelques vains effortsQue je me fasse jour jusqu’au fond de mon âme,

J’y trouve seulement, afin de me punir,

Le dépit du passé, l’horreur de l’avenir.

SCÈNE VI.

ANGÉLIQUE, ALIDOR.

ANGÉLIQUE.

Où viens-tu, déloyal ? avec quelle impudenceOses-tu redoubler mes maux par ta présence !

Qui te donne le front de surprendre mes pleurs?Cherches-tu de la joie à même mes douleurs?

Et peux-tu conserver une âme assez hardiePour voir ce qu’à mon cœur coûte ta perfidie?

Après que tu m’as fait un insolent aveu

De n’avoir plus pour moi ni de foi ni de feu,

Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable,

Que ton feint repentir m’en donne un véritable ?

Ya, va, n’espère rien de tes submissions ;

Porte-les à l’objet de tes affections;

Ne me présente plus les traits qui m’ont déçue;N’attaque point mon cœur en me blessant la vue.Penses-tu que je sois, après ton changement,

Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?

S’il te souvient encor de ton brutal caprice,

Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice?Garde un exil si cher à tes légèretés.

Je ne veux plus savoir de toi mes vérités.

Quoi ! tu ne me dis mot ! crois-tu que ton silencePuisse de tes discours réparer l’insolence?

Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant ?

Et ne t’en dédis-tu, traître, qu’en te taisant ?

Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes.Employer des soupirs et de muettes larmes ?

Sur notre amour passé c’est trop te confier ;

Du moins dis quelque chose à te justifier ;

Demande le pardon que tes regards m’arrachent ;Explique leurs discours, dis-moi ce qu’ils me cachent.Que mon courroux est faible ! et que leurs traits puis-Rendent des criminels aisément innocents! [santsJe n’y puis résister, quelque effort que je fasse ;

Et, de peur de me rendre, il faut quitter la place.

alidor la relient, comme elle veut s’en aller.Quoi ! votre amour renaît, et vous m’abandonnez !C’est bien là me punir quand vous me pardonnez.

Je sais ce que j’ai fait, et qu’après tant d’audaceJe ne mérite pas de jouir de ma grâce ;

Mais demeurez du moins, tant que vous ayez suQue par un feint mépris votre amour fut déçu,

Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre,

Qu’en vos mains seulement on la devait remettre ;Que mon dessein n’allait qu’à voir vos mouvements,Et juger de vos feux par vos ressentiments.

Dites, quand je la vis entre vos mains remise,Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise?

Ma parole plus ferme et mon port assuréNe vous montraient-ils pas un esprit préparé ?

Que Clarine vous die, à la première vue,

Si jamais de mon change elle s’est aperçue.

Ce mauvais compliment flattait niai ses appas ;

Il vous faisait outrage, et ne l’obligeait pas;

Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire,Au lieu de son amour, cherchaient votre colère.

ANGÉLIQUE.

Cesse de in’éclaircir sur ce triste secret ;

En te montrant fidèle, il accroît mon regret :

Je perds moins, si je crois ne perdre qu’un volage,

Et je ne puis sortir d’erreur qu’à mon dommage.

Que me sert de savoir que tes vœux sont constants ?

alors meur, seur, au lieu de mur, sûr, et que la prononciationde ces mots était conforme à leur orthographe.