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LA PLACE ROYALE, ACTE V, SCÈNE III.
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Si vous me refusez, m’écouteront-ils mieux ?
PHYLIS.
Le monde vous croit riche, et mes parents sont vieux.
CLÉANDRE.
Puis-je sur cet espoir...
PHYLIS.
C’est assez vous en dire.
SCÈNE II.
AL1DOR, CLÉANDRE, PHYLIS.
ALIDOR.
Cléandre a-t-il enfin ce que son cœur désire ?
Et ses amours, changés par un heureux hasard,
De celui de Phvlis ont-ils pris quelque part ?
CLÉANDRE.
Cette nuit tu l’as vue en un mépris extrême,
Et maintenant, ami, c’est encore elle-même :
Son orgueil se redouble étant en liberté,
Et devient plus hardi, d’agir en sûreté.
J’espère toutefois, à quelque point qu’il monte,
Qu’à la fin...
PHYLIS.
Cependant que vous lui rendrez compte,Je vais voir mes parents, que ce coup de malheurA mon occasion accable de douleur.
Je n’ai tardé que trop à les tirer de peine.
alidor , retenant Cléandre qui la veut suivre.Est-ce donc tout de bon qu’elle t’est inhumaine ?
CLÉANDRE.
Il la faut suivre. Adieu. Je te puis assurerQue je n’ai pas sujet de me désespérer.
Va voir ton Angélique, et la compte pour tienne,
Si tu la vois d’humeur qui ressemble à la sienne.
ALIDOR.
Tu me la rends enfin ?
CLÉANDRE.
Doraste tient sa foi :
Tu possèdes son cœur; qu’aurait-elle pour moi?Quelques charmants appas qui soient sur son visage,Je n’y saurais avoir qu’un fort mauvais partage :Peut-être croirait-elle qu’il lui serait permisDe ne me rien garder, ne m’ayant rien promis ;
Il vaut mieux que ma flamme à son tour te la cède.Mais, derechef, adieu.
SCÈNE III.
ALIDOR.
Ainsi tout me succède ;
Ses plus ardents désirs se règlent sur mes vœux :
Il accepte Angélique, et la rend quand je veux ;
Quand je tâche à la perdre, il meurt de m’en défaire ;
Quand je l’aime, elle cesse aussitôt de lui plaire.Mon cœur prêt à guérir, le sien se trouve atteint ;
Et mon feu rallumé, le sien se trouve éteint :
Il aime quand je quitte, il quitte alors que j’aime ;Et sans être rivaux, nous aimons en lieu même.C’en est fait, Angélique, et je ne saurais plusRendre contre tes yeux des combats superflus.
De ton affection cette preuve dernièreReprend sur tous mes sens une puissance entière.Les ombres de la nuit m’ont redonné le jour :
Que j’eus de perfidie , et que je vis d’amour!
Quand je sus que Cléandre avait manqué sa proie,Que j’en eus de regret, et que j’en ai dejoie !
Plus je t’étais ingrat, plus tu me chérissais;
Et ton ardeur croissait plus je te trahissais.
Aussi j’en fus honteux ; et confus dans mon âme ,
La honte et le remords rallumèrent ma flamme.
Que l’amour pour nous vaincre a de chemins diversEt que malaisément on rompt de si beaux fers !
C’est en vain qu’on résiste aux traits d’un beau visageEn vain, à son pouvoir refusant son courage,
On veut éteindre un feu par ses yeux allumé,
Et ne le point aimer quand on s’en voit aimé :
Sous ce dernier appas l’amour a trop de force ;
II jette dans nos cœurs une trop douce amorce ,
Et ce tyran secret de nos affectionsSaisit trop puissamment nos inclinations.
Aussi ma liberté n’a plus rien qui me flatte ;
Le grand soin que j’en eus partait d’une âme ingrateEt mes desseins, d’accord avecque mes désirs,
A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs.
Mais, hélas ! ma raison est-elle assez hardiePour croire qu’on me souffre après ma perfidie ?Quelque secret instinct, à mon bonheur fatal,
Ne la porte-t-il point à me vouloir du mal?
Que de mes trahisons elle serait vengée,
Si comme mon humeur la sienne était changée !Mais qui la changerait, puisqu’elle ignore encorTous les lâches complots du rebelle Alidor?
Que dis-je, malheureux? ah ! c’est trop me méprendreElle en a trop appris du billet de Cléandre ;
Son nom au lieu du mien en ce papier souscritNe lui montre que trop le fond de mon esprit.
Sur ma foi toutefois elle le prit sans lire;
Et si le ciel vengeur contre moi ne conspire,
Elle s’y fie assez pour n’en avoir rien lu.
Entrons, quoi qu’il en soit, d’un esprit résolu ;Dérobons à ses yeux le témoin de mon crime :
Et si pour l’avoir lu sa colère s’anime,
Et qu’elle veuille user d’une juste rigueur,
Nous savons les moyens de regagner son cœur.