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Tome premier.
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1G4 LA PLACE ROYALE,

SCÈNE IV.

DORA STE, LYCANTE.

DORASTE.

Ne sollicite plus mon âme refroidie.

.le méprise Angélique après sa perfidie,

Mon cœur s’est révolté contre ses lâches traits ;

Et qui n’a point de foi n’a point pour moi d’attraits.Veux-tu qu’on me trahisse, et que mon amour dure?J’ai souffert sa rigueur, mais je hais son parjure,

Et tiens sa trahison indigne à l’avenirD’occuper aucun lieu dedans mon souvenir.

Qu’Alidor la possède ; il est traître comme elle :

Jamais pour ce sujet nous n’aurons de querelle.Pourrais-je avec raison lui vouloir quelque malDe m’avoir délivré d’un esprit déloyal?

Ma colère l’épargne, et n’en veut qu’à Cléandre :

I) verra que son pire était de se méprendre ;

Et si je puis jamais trouver ce ravisseur,

11 me rendra soudain et la vie et ma sœur.

LYCANTE.

Faites mieux : puisqu’à peine elle pourrait prétendreUne fortune égale à celle de Cléandre,

En faveur de ses biens calmez votre courroux,

Et de son ravisseur faites-en son époux.

Bit n qu’il eût fait dessein sur une autre personne,Faites-lui retenir ce qu’un hasard lui donne ;

Je crois que cet hymen pour satisfactionPlaira mieux à Pliylis que sa punition.

DORASTE.

Nous consultons en vain, ma poursuite étant vaine.

LYCANTE.

Nous le rencontrerons, n’en soyez point en peine;

Ou que soit sa retraite, il n’est pas toujours nuit :

Et ce qu’un jour nous cache , un autre le produit.Mais, dieux! voilà Pliylis qu’il a déjà rendue.

SCÈNE Y.

PHYL1S, DORASTE, LYCANTE.

DORASTE.

Ma sœur, je te retrouve après t’avoir perdue !

Et, de grâce , quel lieu me cache le voleurQui, pour s’être mépris, a causé ton malheur ?

Que son trépas...

PHYLIS.

Tout beau ; peut-être ta colère,

Au lieu de ton rival, en veut à ton beau-frère.

En un mot, tu sàuras qu’en cet enlèvementMes larmes m’ont acquis Cléandre pour amant ;

Son cœur m’est demeuré pour peine de son crime,

Et veut changer un rapt en amour légitime.

ACTE V, SCÈNE VLIl fait tous ses efforts pour gagner mes parents,Et s’il les peut fléchir, quant à moi, je me rends ;Non, à dire le vrai, que son objet me tente ;

Mais mon père content, je dois être contente.Tandis, par la fenêtre ayant vu ton retour,

Je t’ai voulu sur l’heure apprendre cet amour,Pour te tirer de peine, et rompre ta colère.

DORASTE.

Crois-tu que cet hymen puisse me satisfaire. ?

PHYLIS.

Si tu n’es ennemi de mes contentements,

Ne prends mes intérêts que dans mes sentiments,Ne fais point le mauvais, si je ne suis mauvaise,Et ne condamne rien à moins qu’il me déplaise.

En cette occasion, si tu me veux du bien ,

C’est à toi de régler ton esprit sur le mien.

Je respecte mon père, et le tiens assez sagePour ne résoudre rien à mon désavantage,

Si Cléandre le gagne, et m’en peut obtenir,

Je crois de mon devoir...

LYCANTE.

Je l’aperçois venir.Résolvez-vous, monsieur, à ce qu’elle désire.

SCÈNE VI.

CLÉANDRE, DORASTE, PHYLIS,LYCANTE.

CLÉANDRE.

Si vous n’êtes d’humeur, madame, à vous dédire,Tout me rit désormais, j’ai leur consentement.Mais excusez, monsieur, le transport d’un amant ;Et souffrez qu’un rival, confus de son offense,Pour en perdre le nom entre en votre alliance.

Ne me refusez point un oubli du passé;

Et son ressouvenir à jamais effacé,

Bannissant toute aigreur, recevez un beau-frèreQue votre sœur accepte après l’aveu d’un père.

DORASTE.

Quand j’aurais sur ce point des avis différents,

Je ne puis contredire au choix de mes parents ;Mais, outre leur pouvoir, votre âme généreuse,Et ce franc procédé qui rend ma sœur heureuse,Vous acquièrent les biens qu’ils vous ont accordés.Et me font souhaiter ce que vous demandez.

Vous m’avez obligé, de m’ôter Angélique ;

Rien de ce qui la touche à présent ne me pique :

Je n’y prends plus de part, après sa trahison.

Je l’aimai par malheur, et lahais par raison.

Mais la voici qui vient, de son amant suivie.