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MÉDÉE, ACTE
POLLUX.
Peut-être que contre eux s’étend sa trahison,
Qu’elle ne les prend plus que pour ceux de Jasott,
Et qu’elle s’imagine, en haine de leur père,
Que n’étant plus sa femme, elle n’est plusleurmère.Renvoyez-lui, seigneur, ce don pernicieux,
Et ne vous chargez point d’un poison précieux.
CLÉONE.
Madame cependant en est toute ravie,
Et de s’en voir parée elle brûle d’envie.
FOIXÛX.
Où le péril égale et passe le plaisir,
Il faut se faire force, et vaincre son désir.
Jason, dans son amour, a trop de complaisanceDe souffrir qu’un tel don s’accepte en sa présence.
CHÉON.
Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrementAccorder vos soupçons et son contentement.
Nous verrons dès ce soir, sur une criminelle,
Si ce présent nous cache une embûche mortelle.
Nise, pour ses forfaits destinée à mourir,
Ne peut par cette épreuve injustement périr;Heureuse, si sa mort nous rendait ce service,
De nous en découvrir le funeste artifice !
Allons-y de ce pas, et ne consumons plusDe temps ni de discours en débats superflus.
SCÈNE IV.
ÆGÉE, en prison r .
Demeure affreuse des coupables,
Lieux maudits, funeste séjour,
Dont jamais avant mon amourLes sceptres n ont été capables,
Redoublez puissamment votre mortel effroi,
Et joignez à mes maux une si vive atteinte,
x Rotrou avait mis les stances à la mode. Corneille, qui lesemploya, les condamne lui-même dans ses Réflexions sur latragédie. Elles ont quelque rapport à ces odes que chantaientles chœurs entre les scènes sur le théâtre grec. Les Romains lesimitèrent. Tl me semble que c’était l’enfance de l’art : il étaitbien plus aisé d’insérer ces inutiles déclamations entre neuf oudix. scènes qui composaient une tragédie, que de trouver dansson sujet même de quoi animer toujours le théâtre, et de sou-tenir une longue intrigue toujours intéressante. Lorsque notrethéâtre commença à sortir de la barbarie, et de l’asservissementaux usages anciens, pire encore que la barbarie, on substituaà ces odes des chœurs qu’on voit dans Garnier, dans Jodelle etdans Baïf, des stances que les personnages récitaient. Cette modea duré cent années ; le dernier exemple que nous ayons desstances est dans la Thébaïde. Racine se corrigea bientôt de cedéfaut : il sentit que cette mesure, différente delà mesure em-ployée dans la pièce, n’était pas naturelle ; que les personnagesne devaient pas changer le langage convenu ; qu’ils devenaientpoètes mal à propos. (V.)
IV, SCÈNE IV.
Que mon âme chassée, ou s’enfuyant de crainte,Dérobe à mes vainqueurs le supplice d’un roi.
Le triste bonheur où j’aspire !
Je ne veux que hâter ma mort,
Et n’accuse mon mauvais sortQue de souffrir que je respire.
Puisqu’il me faut mourir, que je meure à mon choix;Le coup m’en sera doux , s’il est sans infamie :Prendre l’ordre à mourir d’une main ennemie,
C’est mourir, pour un roi, beaucoup plus d’une fois.
Malheureux prince, on te mépriseQuand tu t’arrêtes à servir :
Si tu t’efforces de ravir,
Ta prison suit ton entreprise.
Ton amour qu’on dédaigne, et ton vain attentat,D’un éternel affront vont souiller ta mémoire :
L’un t’a déjà coûté ton repos et ta gloire ;
L’autre te va coûter ta vie et ton État.
Destin, qui punis mon audace,
Tu n’as que de justes rigueurs ;
Et s’il est d’assez tendres cœursPour compatir à ma disgrâce,
Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié,
Puisqu’à bien comparer mes fers avec ma flamme,Un vieillard amoureux mérite plus de blâmeQu’un monarque en prison n’est digne de pitié.
Cruel auteur de ma misère,
Peste des cœurs, tyran des rois,
Dont les impérieuses loisN’épargnent pas même ta mère,
Amour, contre Jason tourne ton trait fatal ;
Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance :Atterre son orgueil, et montre ta puissanceA perdre également l’un et l’autre rival ‘.
Qu’une implacable jalousieSuive son nuptial flambeau ;
Que sans cesse un objet nouveauS’empare de sa fantaisie;
Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi ;
Qu’il puisse voir sa race à ses yeux égorgée;
Et, pour dernier malheur, qu’il ait le sort d’Ægée,Et devienne à mon âge amoureux comme moi !
1 Quand même ces stances ennuyeuses et mal écrites auraientété aussi bonnes que la meilleure ode d’Horace, elles ne feraientaucun effet, parce qu’elles sont dans la bouche d’un vieillardridicule, amoureux comme un vieillard de comédie. Ce n’estpas assez au théâtre qu’une scène soit belle par elle-même, ilfaut qu’elle soit belle dans la place où elle est. (YJ