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MÉDFE, ACTE IV, SCÈNE III.
POLLUX.
Grand roi, l’heureux succès de cette délivranceVous est beaucoup mieux dû qu’à mon peu de vaillan-C’est vous seul et Jason, dont les bras indomptés [ce.Portaient avec effroi la mort de tous côtés ;
Pareils à deux lions dont l’ardente furieDépeuple en un moment toute une bergerie.L’exemple glorieux de vos faits plus qu’humainsÉchauffait mon courage et conduisait mes mains :J’ai suivi, mais de loin, des actions si belles,
Qui laissaient à mon bras tant d’illustres modèles.Pourrait-on reculer en combattant sous vous,
Et n’avoir point de cœur à seconder vos coups ?
CBÉON.
Votre valeur, qui souffre en cette repartie,
Ote toute croyance à votre modestie :
Mais puisque le refus d’un honneur méritéN’est pas un petit trait de générosité,
Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire,
Ainsi qu’il vous plaira, départez-en la gloire ;
Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner.Que prudemment les dieux savent tout ordonner !Voyez, brave guerrier, comme votre arrivéeAu jour de nos malheurs se trouve réservée,
Et qu’au point que le sort osait nous menacer,
Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser.
Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime,Dont la vertu ne peut recevoir trop d’estime,Qu’avons-nous plus à craindre ? et quel destin jaloux,Tant que nous vous aurons , s’osera prendre à nous ?
POLLUX.
Appréhendez pourtant, grand prince.
CBÉON.
Et quoi?
POLLUX.
Médée,
Qui par vous de son lit se voit dépossédée.
Je crains qu’il ne vous soit malaisé d’empêcherQu’un gendre valeureux ne vous coûte bien cher.Après l’assassinat d’un monarque et d’un frère,Peut-il être de sang qu’elle épargne ou révère?Accoutumée au meurtre, et savante en poison,Voyez ce qu’elle a fait pour acquérir Jason ;
Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die,
Que pour le conserver elle soit moins hardie.
CBÉON.
C’est de quoi mon esprit n’est plus inquiété;
Par son bannissement j’ai fait ma sûreté;
Elle n’a que fureur et que vengeance en l’âme :
Mais, en si peu de temps, que peut faire une femme?.Te n’ai preserit qu’un jour de terme à son départ.
POLLUX.
C’est peu pour une femme, et beaucoup pour son art :Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes.
cbéon. [larmes;
Quelque puissants qu’ils soient, je n’en ai point d’a-Et quand bien ce délai devrait tout hasarder,
Ma parole est donnée, et je la veux garder.
SCÈNE III.
CRÉON, POLLUX, CLÉONE.
CBÉON.
Que font nos deux amants, Cléone ?
CLÉONE.
La princesse,
Seigneur, près de Jason reprend son allégresse ;
Et ce qui sert beaucoup à son contentement,
C’est de voir que Médée est sans ressentiment.
CBÉON.
Et quel dieu si propice a calmé son courage ?
CLÉONE.
Jason, et ses enfants, qu’elle vous laisse en gage.
La grâce que pour eux madame obtient de vousA calmé les transports de son esprit jaloux.
Le plus riche présent qui fût en sa puissanceA ses remercîments joint sa reconnaissance.
Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyonsDu Soleil son aïeul briller mille rayons ,
Que la princesse même avait tant souhaitée,
Par ces petits héros lui vient d’être apportée,
Et fait voir clairement les merveilleux effetsQu’en un cœur irrité produisent les bienfaits.
cbéon. [dre?
Eh bien, qu’en dites-vous ? Qu’avons-nous plus à crain-
POLLUX.
Si vous ne craignez rien , que je vous trouve à plain-cbéon. [dre!
Un si rare présent montre un esprit remis.
POLLUX.
J’eus toujours pour suspects les dons des ennemis 1 ;Ils font assez souvent ce que n’ont pu leurs armes.
Je connais de Médée et l’esprit et les charmes,
Et veux bien m’exposer au plus cruel trépas,
Si ce rare présent n’est un mortel appas.
CBÉON.
Ses enfants si chéris, qui nous servent d’otages,Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d’ombrages ?
1 Ce vers est la traduction de ce beau vers de Virgile :
. . . . ■ . . Timeo Danaos, et dona ferentcs.
Et Virgile lui-même a pris ce vers d’Homère mot à mot. Quandon imite de tels vers, qui sont devenus proverbes, il faut tâcherque nos imitations deviennent aussi proverbes dans notre lan-gue. On n’y peut réussir que par des mots harmonieux, aisés àretenir. Pour suspects les dons, est trop rude; on doit éviterles consonnes qui se heurtent. C’est le mélange heureux desvoyelles et des consonnes qui fait le charme de la versification.
(V.)