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‘ MÉDÉE, ACTE
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
MÉDÉE,THEUDAS.
THEUDAS.
Ah, déplorable prince ! ah, fortune cruelle 1 !
Que je porte à Jason une triste nouvelle!médée , lui donnan t un coup de baguette qui le faitdemeurer immobile.
Arrête, misérable, et m’apprends quel effetA produit chez le roi le présent que j’ai fait.
THEUDAS.
Dieux ! je suis dans les fers d’une invisible chaîne !
MÉDÉE.
Dépêche, ou ces longueurs t’attireront ma haine.
THEUDAS.
Apprenez donc l’effet le plus prodigieuxQue jamais la vengeance ait offert à nos yeux.
Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée,
En dépit des soupçons, sans péril s’est trouvée ;
Et cette épreuve a su si bien les assurer,Qu’incontinent Créuse a voulu s’en parer. -Mais cette infortunée à peine l’a vêtue,
Qu’elle sent aussitôt une ardeur qui la tue ;
Un feu subtil s’allume, et ses brandons éparsSur votre don fatal courent de toutes parts ;
Et Cléone et le roi s’y jettent pour l’éteindre :
Mais ( ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre ! )
Ce feu saisit le roi ; ce prince en un momentSe trouve enveloppé du même embrasement.
MÉDÉE.
Courage ; enfin il faut que l’un et l’autre meure.
THEUDAS.
La flamme disparaît, mais l’ardeur leur demeure;
Et leurs habits charmés, malgré nos vains efforts,Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps ;
Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire ,
Et ce nouveau secours est un nouveau martyre.
MÉDÉE.
Que dit mon déloyal? que fait-il là-dedans ?
THEUDAS.
Jason, sans rien savoir de tous ces accidents,S’acquitte des devoirs d’une amitié civileA conduire Pollux hors des murs de la ville,
Qui va se rendre en hâte aux noces de sa sœur,
Dont bientôt Ménélas doit être possesseur ;
Et j’allais lui porter ce funeste message.
médée , lui donnant un autre coup de baguette.Va, tu peux maintenant achever ton voyage.
* Ce Theudas, qu’on ne connaît point, qu’on n’attend poinî,et qui ne vient là que pour être pétrifié d’un coup de baguette,ressemble trop à la farce d 'Arlequin magicien. (V. )
v, scène ni.
SCÈNE II.
MÉDÉE.
Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez dedeuxntorts?Consulte avec loisir tes plus ardents transports.
Des bras de mon perfide arracher une femme,
Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme?
Que n’a-t-elle déjà des enfants de Jason,
Sur qui plus pleinement venger sa trahison!Suppléons-y des miens ; immolons avec joieCeux qu’à me dire adieu Créuse me renvoie :
Nature, je le puis sans violer ta loi ;
Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.
Mais ils sont innocents; aussi l’était mon frère :
Ils sont trop criminels d’avoir Jason pour père;
Il faut que leur trépas redouble son tourment ;
Il faut qu’il souffre en père aussi bien qu’en amant.Mais quoi ! j’ai beau contre eux animer mon audace,La pitié la combat, et se met en sa place ;
Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,
J’adore les projets qui me faisaient horreur :
De l’amour aussitôt je passe à la colère,
Des sentiments de femme aux tendresses de mère.
Cessez dorénavant, pensers irrésolus,
D’épargner des enfants que je ne verrai plus.
Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,Ce n’est pas seulement pour caresser un traître :
Il me prive de vous, et je l’en vais priver.
Mais ma pitié renaît, et revient me braver ;
Je n’exécute rien, et mon âme éperdueEntre deux passions demeure suspendue.
N’en délibérons plus, mon bras en résoudra.
Je vous perds, mes enfants; mais Jason vous perdra ;Il ne vous verra plus... Créon sort tout en rage;Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage.
SCÈNE III.
CRÉON, DOMESTIQUES.
CRÉON.
Loin de me soulager vous croissez mes tourments ;Le poison à mon corps unit mes vêtements ;
Et ma peau, qu’avec eux votre secours m’arrache,Pour suivre votre main de mes os se détache.
Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux :Ne me déchirez plus, officieux bourreaux;
Votre pitié pour moi s’est assez hasardée ;
Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée.
C’est avancer ma mort que de me secourir;
Je ne veux que moi-même à m’aider à mourir.
Quoi ! vous continuez, canailles infidèles 1 !
1 Voilà la seule fois où l’on a vu le mot de canailles dans une