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Tome premier.
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MÉDEE, ACTE Y, SCÈNE Y.

Plus je vous le défends, plus vous m’êtes rebelles!Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis;

Je serai votre roi, tout mourant que je suis ;

Si mes commandements ont trop peu d’efficace,

Ma rage pour le moins me fera faire place :

Il faut ainsi payer votre cruel secours.

{Use défait d'eux et les chasse à coups d’épée.)

SCÈNE IV.

CRÉON,CRÉUSE, CLÉONE.

CREUSE.

Où fuyez-vous de moi, cher auteur de mes jours?Fuyez-vous l’innocente et malheureuse sourceD’où prennent tant de maux leur effroyable course?Ce feu qui me consume et dehors et dedansVous venge-t-il trop peu de mes vœux imprudents?

Je ne puis excuser mon indiscrète envieQui donne le trépas à qui je dois la vie :

Mais soyez satisfait des rigueurs de mon sort,

Et cessez d’ajouter votre haine à ma mort.

L’ardeur qui me dévore, et que j’ai méritée,Surpasse en cruauté l’aigle de Prométhée,

Et je crois qu’Ixion au choix des châtimentsPréférerait sa roue à mes embrasements.

CRÉON.

Si ton jeune désir eut beaucoup d’imprudence,

Ma fille, j’y devais opposer ma défense.

Je n’impute qu’à moi l’excès de mes malheurs,

Et j’ai part en ta faute ainsi qu’en tes douleurs.

Si j’ai quelque regret, ce n’est pas à ma vie,

Que le déclin des ans m’aurait bientôt ravie :

La jeunesse des tiens, si beaux, si florissants,

Me porte au fond du cœur des coups bien plus pres-Ma fille, c’est donc là ce royal hyménée [sants.Dont nous pensions toucher la pompeuse journée!

La Parque impitoyable en éteint le flambeau,

Et pour lit nuptial il te faut un tombeau !

Ah! rage, désespoir, destins, feux, poisons, charmes,Tournez tous contre moi vos plus cruelles armes :S’il faut vous assouvir par la mort de deux rois,Faites en ma faveur que je meure deux fois,

Pourvu que mes deux morts emportent cette grâceDe laisser ma couronne à mon unique race,

Et cet espoir si doux, qui m’a toujours flatté,

De revivre à jamais en sa postérité.

tragédie. Fontenelle dit que Corneille s’éleva jusqu’à Médée; ilpouvait dire que, dans tous ces endroits, il s’abaissa jusqu’àMédée. Mais il y a bien pis, c’est que toutes ces lamentations deCréon et de Creuse ne touchent point. Comment se peut-il faireque le spectacle d’un père et d’une tille mourant d’une mortaffreuse soit si froid? C’est que ce spectacle est une partie de lacatastrophe ; il fallait donc qu’elle fût courte. ( V. )

CRÉUSB.

Cléone, soutenez, je chancelle, je tombe ;

Mon reste de vigueur sous mes douleurs succombeJe sens que je n’ai plus à souffrir qu’un moment.

Ne me refusez pas ce triste allégement,

Seigneur ; et si pour moi quelque amour vous demeure,Entre vos bras mourants permettez que je meure.Mes pleurs arroseront vos mortels déplaisirs;

Je mêlerai leurs eaux à vos brûlants soupirs.

Ah ! je brûle, je meurs, je ne suis plus que flamme ;De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme.

Quoi ! vous vous éloignez !

CRÉON.

Oui, je ne verrai pas,Comme un lâche témoin, ton indigne trépas :

Il faut, ma fille, il faut que ma main me délivreDe l’infâme regret de t’avoir pu survivre.

Invisible ennemi, sors avecque mon sang.

{Il se tue d’un poignard.)

CREUSE.

Courez à lui, Cléone ; il se perce le flanc.

CRÉON.

Retourne ; c’en est fait. Ma fille, adieu ; j’expire,

Et ce dernier soupir met fin à mon martyre :

Je laisse à ton Jason le soin de nous venger.

CREUSE.

Vain et triste confort! soulagement léger!

Mon père...

CLÉONE.

Il ne vit plus ; sa grande âme est partie.

CREUSE.

Donnez donc à la mienne une même sortie;Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur,

Est déjà si savant à traverser le cœur.

A h ! je sens fer, et feux, et poison, tout ensemble ;

Ce que souffrait mon père à mes peines s’assemble.Hélas ! que de douceur aurait un prompt trépas !Dépêchez-vous, Cléone ; aidez mon faible bras.

CLÉONE.

Ne désespérez point : les dieux, plus pitoyables,

A nos justes clameurs se rendront exorables,

Et vous conserveront, en dépit du poison,

Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason.

Il arrive, et, surpris, il change de visage;

Je lis dans sa pâleur une secrète rage,

Et son étonnement va passer en fureur.

SCÈNE Y.

JASON,CRÉUSE, CLÉONE,THEUDAS.

JASON.

Que vois-jeici, grands dieux ! quel spectacled’horreur !Où que puissent mes yeux porter ma vue errante,