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LE GID, ACTE II, SCÈNE VI.
Elle ne peut souffrir une basse pensée ;
Mais si jusques au jour de l’accommodementJe fais mon prisonnier de ce parfait amant,
Et que j’empêche ainsi l’effet de son courage,
Ton esprit amoureux n’aura-t-il point d’ombrage?
CHIMÈNE.
Ah! madame, en ce cas je n’ai plus de souci.
SCÈNE IV.
L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, le page.
l’infante.
Page, cherchez Rodrigue, et l’amenez ici.
LE PAGE.
Le comte de Gormas et lui...
CHIMÈNE.
Bon Dieu ! je tremble.l’infante.
Parlez.
LE PAGE.
De ce palais ils sont sortis ensemble.
CHIMÈNE.
Seuls?
LE PAGE.
Seuls, et qui semblaient tout bas se quereller.
CHIMÈNE.
Sans doute ils sont aux mains, il n’enfautplus parler.Madame, pardonnez à cette promptitude.
SCENE V.
L’INFANTE, LÉONOR.l’infante.
Hélas! que dans l’esprit je sens d’inquiétude!
Je pleure ses malheurs, son amant me ravit ;
Mon repos m’abandonne, et ma flamme revit.
Ce qui va séparer Rodrigue de ChimèneFait renaître à la fois mon espoir et ma peine;
Et leur division, que je vois à regret,
Dans mon esprit charmé jette un plaisir secret.
LÉONOR.
Cette haute vertu qui règne dans votre âmeSe rend-elle si tôt à cette lâche flamme?
l’infante.
Ne la nomme point lâche, à présent que chez moiPompeuse et triomphante elle me fait la loi ;Porte-lui du respect, puisqu’elle m’est si chère.Ma vertu la combat, mais, malgré moi, j’espère ;Et d’un si fol espoir mon cœur mal défenduVole après un amant que Chimène a perdu.
LÉONOR.
Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage,
Et la raison chez vous perd ainsi son usage?l’infante.
Ah ! qu’avec peu d’effet on entend la raison,
Quand le cœur est atteint d’un si charmant poison!Et lorsque le malade aime sa maladie,
Qu’il a peine à souffrir que l’on y remédie !
LÉONOR.
Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux ;Mais enfin ce Rodrigue est indigne de vous.l’infante.
Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède,Apprends comme l’amour flatteun cœur qu’il possède.Si Rodrigue une fois sort vainqueur du combat,
Si dessous sa valeur ce grand guerrier s’abat,
Je puis en faire cas , je puis l’aimer sans honte.
Que ne fera-t-il point, s’il peut vaincre le comte !J’ose m’imaginer qu’à ses moindres exploitsLes royaumes entiers tomberont sous ses lois ;
Et mon amour flatteur déjà se persuadeQue je le vois assis au trône de Grenade,
Les Maures subjugués trembler en l’adorant,
L’Aragon recevoir ce nouveau conquérant,
Le Portugal se rendre, et ses nobles journéesPorter delà les mers ses hautes destinées ;
Du sang des Africains arroser ses lauriers ;
Enfin tout ce qu’on dit des plus fameux guerriers,
Je l’attends de Rodrigue après cette victoire,
Et fais de son amour un sujet de ma gloire.
LÉONOR.
Mais, madame, voyez où vous portez son bras,Ensuite d’un combat qui peut-être n’est pas.l’infante.
Rodrigue est offensé, le comte a fait l’outrage;
Ils sont sortis ensemble, en faut-il davantage?
LÉONOR.
Eh bien ! ils se battront, puisque vous le voulez ;Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez?l’infante.
Que veux-tu? je suis folle, et mon esprit s’égare ;
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare.Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis;
Et ne me quitte point dans le trouble où je suis.
SCÈNE VI.
D. FERNAND, D. ARIAS, D. SANCHE.
D. FERNAND.
Le comte est donc si vain et si peu raisonnable !Ose-t-il croire encor son crime pardonnable?
D. ARIAS.
Je l’ai de votre part longtemps entretenu.
J’ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.