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Tome premier.
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2G2 HORACE, ACTE

Que l’auteur de vos jours m’a promis à demain 1Le bonheur sans pareil de vous donner la main ».

Vous ne deviendrez pas rebelle à sa puissance ?

CAMILLE.

Le devoir d’une fille est dans l’obéissance.

CÜBIACE.

Venez donc recevoir ce doux commandement 3 ,

Qui doit mettre le comble à mon contentement.

CAMILLE.

Je vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frères,

Et savoir d’eux encor la fin de nos misères A

JULIE.

Allez, et cependant au pied de nos autelsJ’irai rendre pour vous grâces aux immortels.

ACTE SECOND.

SCÈNE PREMIÈRE.

HORACE, CURIACE.

CtRIA.CE.

Ainsi Rome n’a point séparé son estime ;

Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime 5 :

Cette superbe ville en vos frères et vousTrouve les trois guerriers qu’elle préfère à tous ;

Et son illustre ardeur d’oser plus que les autres 6 ,

1 A demain est trop du style de la comédie. Je fais souventcette observation ; c’était un des vices du temps. La Sophonisbede Mairet est tout entière dans ce style ; et Corneille s’y livraitquand les grandes images ne le soutenaient pas. (Y. )

2 Le bonheur sans pareil n’était pas si ridicule qu’aqjour-d’hui. Ce fut Boileau qui proscrivit toutes ces expressions com-munes desans pareil, sans seconde, à nul autre pareil, ànulle autre seconde. (V. )

3 Ce vers et le précédent sont de pure comédie : aussi les re«trouve-t-on mot à mot dans la comédie du Menteur : mais l’au-teur aurait dù les retrancher de la tragédie des Horaces. ( Y. )

4 II n’est pas inutile de dire aux étrangers que misère est, enpoésie, un terme noble, qui signilie calamité, et non pas indi-gence.

llécube près d’Ulysse acheva sa misère ....

Peut-être je devrais, plus humble en ma misère.

Racine. (V.)

5 Illégitime pourrait n’ètre pas le mot propre en prose ; ondirait : un mauvais choix, un choix dangereux, etc. Illégi-time non-seulement est pardonné à la rime, mais devient uneexpression forte, et signifie qu’il y aurait de l’injustice à nepoint choisir les trois plus braves. (V.) — Ce mot n’est pointpardonné à la rime, dès qu’il devient une expression forte, ilest ordonné par le sens. ( P. )

6 n y avait dans les premières éditions :

Et ue nous opposant d’autres «bras que les vôtres, etc.

Ni l’une ni l’autre manière n’est élégante, et illustre ardeur

II, SCÈNE I.

D’une seule maison brave toutes les nôtres :

Nous croirons, à la voir tout entière en vos mains,Que hors les fils d’Horace il n’est point de Romains.Ce choix pouvait combler trois familles de gloire,Consacrer hautement leurs noms à la mémoire 1 :

Oui, l’honneur que reçoit ia vôtre par ce choix 1En pouvait à bon titre immortaliser trois ;

Et puisque c’est chez vous que mon heur et ma flamme,M’ont fait placer ma sœur et choisir une femme,

Ce que je vais vous être et ce que je vous suisMe font y prendre part autant que je le puis :

Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte,

Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de crainte :

La guerre en tel éclat a mis votre valeur,

Que je tremble pour Albe et prévois son malheur :Puisque vous combattez, sa perte est assurée;

En vous faisant nommer, le destin l’a jurée.

Je vois trop dans ce choix ses funestes projets,

Et me compte déjà pour un de vos sujets.

hobace. [Rome,

Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindreVoyant ceux qu’elle oublie, et les trois qu’elle nomme.C’est un aveuglement pour elle bien fatalD’avoir tant à choisir, et de choisir si mal.

Mille de ses enfants beaucoup plus dignes d’ellePouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle :Mais quoique ce combat me promette un cercueil,

La gloire de ce choix m’enfle d’unjuste orgueil;

Mon esprit en conçoit une mâle assurance ;

J’ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance;

Et du sort envieux quels que soient les projets,

Je ne me compte point pour un de vos sujets.

Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravieRemplira son attente, ou quittera la vie.

Qui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement;Ce noble désespoir périt malaisément 3 .

d’oser n'est pas français. D’une maison braver les autresn’est pas une expression heureuse; mais le sens est fort beau.Or. voit que quelquefois Corneille a mal corrigé ses vers. Jecrois que l’on peut imputer cette singularité non-seulement aupeu de bons critiques que la France avait alors, au peu de con-naissance de la pureté et de l’élégance de la langue, mais au gé-niemèmede Corneille, quine produisait ses beautés que quandil était animé par la force de son sujet. ( V. ) — D’une seule mai-son brave toutes les autres nous parait d’un très-beau sens, etmême un beau vers. Celui qui le précède valait mieux dans lespremières éditions; il était plus naturel,plus simple, et Cor-neille eut tortde le changer. (P. )

1 Remarquez que hautement fait languir le vers, parce quece mot est inutile. (V.)

2 Cette répétition, oui, l’honneur, est très-vicieuse. Omnesupervacuumpleno de pectore manat. C’est ici ce qu’on appelleune battologie : il est permis de répéter dans la passion, maisnon pas dans un compliment. ( V. )

3 Un désespoir qui périt ma laisément n’a pas un sens clair ;de plus, Horace n’apointdedésespoir. Ce vers est le seul qu’onpuisse reprendre dans cette belle tirade. ( V.)—C’est une résolu-