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Tome premier.
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HORACE, ACTE

Rome, quoi qu’il en soit, ne sera point sujetteQue mes derniers soupirs n’assurent ma défaite.

CURIACE.

Hélas ! c’est bien ici que je dois être plaint.

Ce que veut mon pays, mon amitié le craint.

Dures extrémités, de voir Allie asservie,

Ou sa victoire au prix d’une si chère vie,

Et que l’unique bien où tendent ses désirsS’achète seulement par vos derniers soupirs!

Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre?De tous les deux côtés j’ai des pleurs à répandre;

De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.

HOIIACE.

Quoi ! vous me pleureriez mourant pour mon pays !Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes ;

La gloire qui le suit ne souffre point de larmes,

Et je le recevrais en bénissant mon sort,

Si Rome et tout l’État perdaient moins en ma mort.

CURIACE.

A vos amis pourtant permettez de le craindre ;

Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre :La gloire en est pour vous, et la perte pour eux ;

Il vous fait immortel, et les rend malheureux :

On perd tout quand on perd un ami si fidèle ‘.

Mais Flavian m’apporte ici quelque nouvelle.

SCÈNE II.

HORACE, CURIACE, FLAVIAN.

CUBIACE.

Albe de trois guerriers a-t-elle fait le choix?

FLAVIAN.

Je viens pour vous l’apprendre.

CURIACE.

Eh bien, qui sont les trois?

FLAVIAN.

Vos deux frères et vous.

CURIACE.

Qui?

FLAVIAN.

Vous et vos deux frères

ton désespérée que celle de vaincre ou de mourir ; telle est larésolution d’Horace, très-bien caractérisée, à ce qu’il noussemble, par l’expression de noble désespoir, qui d’ailleurs esttrès-belle. Nous ne trouvons dans ce vers aucune obscurité, etrious ne voyons pas qu’il mérite d’être repris. (P. )

1 Perte suivie de deux fois perd est une faute bien légère.(V.)

2 Ce n’est pas ici une battologie ; cette répétition, vous et vosdeux frères , est sublime par la situation. Voilà la premièrejcène au théâtre où un simple messager ait fait un effet tragiquetn croyant apporter des nouvelles ordinaires. J’ose croire quec’estla perfection de l’art. (V.)

Il, scène nr.

Mais pourquoi ce front triste et ces regards sévères ?Ce choix vous déplaît-il ?

CURIACE.

Non, mais il me surprend;Je m’estimais trop peu pour un honneur si grand.

FLAVIAN.

Dirai-je au dictateur, dont l’ordre ici m’envoie,

Que vous le recevez avec si peu de joie ?

Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour,.

CURIACE.

Dis-Iui que l’amitié, l’alliance et l’amourNe pourront empêcher que les trois CuriacesNe servent leur pays contre les trois Horaces.

FLAVIAN.

Contre eux ! Ah ! c’est beaucoup me dire en peu decuriace. [mots.

Porte-lui ma réponse, et nous laisse en repos.

SCÈNE III.

HORACE, CURIACE.curiace.

Que désormais le ciel, les enfers et la terreUnissent leurs fureurs à nous faire la guerre ;

Que les hommes, les dieux, les démons et le sortPréparent contre nous un général effort 1 :

Je mets à faire pis, en l’état où nous sommes,

Le sort, et les démons, et les dieux, et les hommes.Ce qu’ils ont de cruel, et d’horrible et d’affreux,

L’est bien moins que l’honneur qu’on nous fait à toushorace. [deux.

Le sort qui de l’honneur nous ouvre la barrièreOffre à notre constance une illustre matière ;

Il épuise sa force à former un malheurPour mieux se mesurer avec notre valeur 1 ;

Et comme il voit en nous des âmes peu communes,Hors de l’ordre commun il nous fait des fortunes 3 .Combattre un ennemi pour le salut de tous,

Et contre un inconnu s’exposer seul aux coups,D’une simple vertu c’est l’effet ordinaire, *

1 Cet entassement, cette répétition, cette combinaison deciel, de dieux, d'enfers, de démons, de terre, et d'hommes ;dteruel, d'honihle, d'affreux, est,je l’avoue,bien condam-nable. Cependant le dernier vers fait presque pardonner ce dé-faut. (V.)

2 Le sort qui veut se mesurer avec la valeur parait bienrecherché, bien peu naturel; mais que ce qui suit est admira-ble! (V.)

3 Hors de l’ordre commun il nous fait des fortunes,

n’est pas une expression propre. Ce mot de fortunes au plurielne doit jamais être employé sans épithète : bonnes et mauvai-ses fortunes, fortunes diverses, mais jamais des fortunes. Ce-pendant le sens est si beau, et la poésie a tant de privilèges, queje ne crois pas qu’on puisse condamner ce vers. (V.)