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Tome premier.
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270 HORACE, ACTE

Il se tait, et ces mots semblent être des charmes;Même aux six combattants ils arrachent les armes ;

Et ce désir d’honneur qui leur ferme les yeux,

Tout aveugle qu’il est, respecte encore les dieux.

Leur plus bouillante ardeur cède à l’avis de Tulle ;

Et, soit par déférence, ou par un prompt scrupule,Dans l’une et l’autre armée on s’en fait une loi,Comme si toutes deux le connaissaient pour roi 1 .

Le reste s’apprendra par la mort des victimes.

SABINE.

Les dieux n’avoûront point un combat plein de cri-J’en espère beaucoup, puisqu’il est différé, [mes ;Et je commence à voir ce que j’ai désiré.

SCÈNE III.

CAMILLE, SABINE, JULIE.

SABINE.

Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle ’.

CAMILLE.

Je pense la savoir, s’il faut la nommer telle ;

On l’a dite à mon père, et j’étais avec lui :

Mais je n’en conçois rien qui flatte mon ennui :

Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes;

Ce n’est qu’un plus long terme à nos inquiétudes ;

Et tout l’allégement qu’il en faut espérer,

C’est de pleurer plus tard ceux qu’il faudra pleurer.

SABINE.

Les dieux n’ont pas en vain inspiré ce tumulte.

CAMILLE.

Disons plutôt, ma sœur, qu’en vain on les consulte.Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix;

Et la voix du public n’est pas toujours leur voix ;

Ils descendent bien moins dans de si bas étages 3 ,

1 C’est une petite faute : le sens est, comme si toutes deuxvoyaient en lui leur roi. Connaître un homme pour roi nesignifie pas le reconnaître pour son souverain. On peut connaî-tre un homme pour roi d’un autre pays, connaître ne veut pasdire reconnaître. (V.)

2 Au lieu de die, on a imprimé dise dans les éditions suivan-tes. Vie n’est plus qu’une licence; on ne l’emploie que pour larime. Une bonne nouvelle est du style de la comédie : ce n’estlà qu’une très-légère inattention. Il était très-aisé à Corneille demettre : Ah! ma sœur , apprenez une heureuse nouvelle, etd’exprimer ce petit détail autrement; mais alors ces expressionsfamilières étaient tolérées ; elles ne sont devenues des fautes quequand la langue s’est perfectionnée; et c’est à Corneille mêmequ’elle doit en partie cette perfection. On fit bientôt une étudesérieuse d’une 1 .ngue dans laquelle il avait écrit de si belles cho-ses. (V.)

3 Bas étages est bien bas, et la pensée n’est que poétique.Cette contestationdeSabineet de Camille parait froide dans unmoment où l’on est si impatient de savoir ce qui se passe. Cediscours de Camille semble avoir un autre défaut : ce n’estpoint à une amante à dire que les dieux inspirent toujoursles rois, qu 'ils sont des rayons de la divinité; c’est là de ladéclamation d’un rhéteur dans un panégyrique. Ces contesta-tions de Camille et de Sabine sont, à la vérité, des jeux d’esprit

III, SCÈNE IV.

Que dans l’âme des rois, leurs vivantes images,

De qui l’indépendante et sainte autoritéEst un rayon secret de leur divinité.

JULIE.

C’est vouloir sans raison vous former des obstaclesQue de chercher leurvoix ailleurs qu’en leursoracles ;Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu,

Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.

CAMILLE.

Un oracle jamais ne se laisse comprendre ;

On l’entend d’autant moins que plus on croit I’enten-Et, loin de s’assurer sur un pareil arrêt, [dre ;Qui n’y voit rien d’obscur doit croire que tout l’est.

t SABINE.

Sur ce qui fait pour nous prenons plus d’assurance,Et souffrons les douceurs d’une juste espérance.Quand la faveur du ciel ouvre à demi ses bras,

Qui ne s’en promet rien ne la mérite pas ;

Il empêche souvent qu’elle ne se déploie ;

Et lorsqu’elle descend, son refus la renvoie.

CAMILLE.

Le ciel agit sans nous en ces événements,

Et ne les règle point dessus nos sentiments.

JULIE.

Il ne vous a fait peur que pour vous faire grâce.Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe '.Modérez vos frayeurs ; j’espère à mon retourNe vous entretenir que de propos d’amour 2 ;

Et que nous n’emploîrons la fin de la journéeQu’aux doux préparatifs d’un heureux hyménée.

SABINE.

J’ose encor l’espérer.

CAMILLE.

Moi, je n’espère rien.

JULIE.

L’effet vous fera voir que nous en jugeons bien.

SCÈNE IV.

SABINE, CAMILLE.

SABINE.

Parmi nos déplaisirs souffrez que je vous blâme 3 :

Je ne puis approuver tant de trouble en votre âme ;

un peu froids ; c’est un grand malheur que le peu de matière quefournit la pièce ait obligé l’auteur à y mêler ces scènes qui, parleur inutilité, sont toujours languissantes. (V.)

1 Ce vers de comédie démontre l’inutilité de la scène. La né-cessité de savoir comme tout se passe condamne tout ce froiddialogue. (V.)

2 Ce discours de Julie est trop d’une soubrette de comédie.

(V.)

3 Cette scène est encore froide. On sent trop que Sabine etCamille ne sont laque pour amuser le peuple en attendant qu’ilarrive un événement intéressant ; elles répètent ce qu’elles ontdéjà dit. Corneille manque à la grande règle, semper ai even-