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HORACE, ACTE IV, SCÈNE II.
LE VIEIL HORACE.
Sabine, votre cœur se console aisément ;
Nos malheurs jusqu’ici vous touchent faiblement.Vous n’avez point encor de part à nos misères;
Le ciel vous a sauvé votre époux et vos frères :
Si nous sommes sujets, c’est de votre pays :
Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes trahis ;Et voyant le haut point où leur gloire se monte,Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte.Mais votre trop d’amour pour cet infâme épouxVous donnera bientôt à plaindre comme à nous :
Vos pleurs en sa faveur sont de faibles défenses;.l’atteste des grands dieux les suprêmes puissances,Qu’avant ce jour fini, ces mains , ces propres mainsLaveront dans son sang la honte des Romains.
SABINE.
Suivons-le promptement, la colère l’emporte, [te 1 ?Dieux! verrons-nous toujours des malheurs de la sor-Nous faudra-t-il toujours en craindre de plus grands,Et toujours redouter la main de nos parents 2 ?
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
le vieil HORACE, CAMILLE.
LE VIEIL HOBACE.
Ne me parlez jamais en faveur d’un infâme 3 ;Qu’il me fuie à l’égal des frères de sa femme :Pour conserver un sang qu’il tient si précieux,Il n’a rien fait encor s’il n’évite mes yeux.
tombent sur chaque instant de sa vie, qui est plus haut, maisje romprai bien le cours de chaque instant de sa vie, ne peutse dire. Bien signifie, dans ces occasions, fortement ou aisé-ment .-je le punirai bien, je l’empêcherai bien. (V.)
1 Ce de la sorte est une expression du peuple, qui n’est pasconvenable; elle n’est pas même française. Il faudrait de cettesorte ou d’une telle sorte. (V.)
2 Ce dernier vers est de la plus grande beauté ; non-seulementil dit ce dont il s’agit, mais il prépare ce qui doit suivre. (Y.)
3 Nous avons vu qu’il est très-extraordinaire que le père n’aitpas été détrompé entre letroisième etle quatrième acte; qu’unvieillard de son caractère, qui a assez de force pour tuer son tilsde ses propres mains, à ce qu’il dit, n’en ait pas assez pour êtreallé sur le champ de bataille; qu’il reste dans sa maison tandisque Rome entière est spectatrice du combat: comment souffrirqu’une suivante soit allée voir ce fameux duel, et que le vieil Ho-race soit demeuré chez lui? Comment ne s’est-il pas mieux in-formé pendant l’en tre-acte? Pou rquoi le père des Horaces ignore-t-ilseul ce quetoutRomesait? Je ne saisde réponse à cette criti-que, sinon que ce défaut est presque excusable, puisqu’il amènede grandes beautés. (V.)
Sabine y peut mettre ordre , ou derechef j’attesteLe souverain pouvoir de la troupe céleste '....
CAMILLE.
Ah! mon père, prenez un plus doux sentiment ;
Vous verrez Rome même en user autrement ;
Et de quelque malheur que le ciel l’ait comblée,Excuser la vertu sous le nombre accablée.
LE VIEIL HOBACE.
Le jugement de Rome est peu pour mon regard 2 ,Camille ; je suis père, et j’ai mes droits à part.
Je sais trop comme agit la vertu véritable :
C’est sans en triompher que le nombre l’accable;
Et sa mâle vigueur, toujours en même point,Succombe sous la force, et ne lui cède point.Taisez-vous, et sachons ce que nous veut Valère.
SCÈNE II.
le vieil HORACE, VALÈRE, CAMILLE.
VALÈRE.
Envoyé par le roi pour consoler un père,
Et pour lui témoigner...
LE VIEIL HORACE.
N’en prenez aucun soin :C’est un soulagement dont je n’ai pas besoin ;
Et j’aime mieux voir morts que couverts d’infamieCeux que vient de m’ôter une main ennemie.
Tous deux pour leur pays sont morts en gens d’hon-II me suffit. [neur;
VALÈRE.
Mais l’autre est un rare bonheur ;
De tous les trois chez vous il doit tenir la place.
LF. VIEIL HORACE.
Que n’a-t-on vu périr en lui le nom d’Horace!
VALÈRE.
Seul vous le maltraitez après ce qu’il a fait.
LE VIEIL HORACE.
C’est à moi seul aussi de punir son forfait 3 .
VALÈRE.
Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ?
LE VIEIL HORACE.
Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite?
VALÈRE.
La fuite est glorieuse en cette occasion.
LE VIEIL HORACE.
Vous redoublez ma honte et ma confusion 4.
1 Derechef c t la troupe céleste sont hors d’usage. La troupecéleste est bannie du style noble, surtout depuis que Scarron l’aemployée dans le style burlesque. (V.)
2 Pour mon regard est suranné et hors d’usage; c’est pour-tant une expression nécessaire. (V.)
3 Si son tils est coupable d’un forfait envers Rome, pourquoiserait-ce au père seul à le punir? (Y.)
4 Je ne sais s’il n’y a pas dans cette scène un artifice trop visi-