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Tome premier.
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CINNA, ACTE IV, SCÈNE VI.

ÆMILIB.

Tu m’oses aimer, et tu n’oses mourir 1 !

Tu prétends un peu trop ; mais quoi que tu prétendes,Renas-toi digne du moins de ce que tu demandes ;Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas,

Ou de m’offrir un cœur que tu fais voir si bas ;

Fais que je porte envie à ta vertu parfaite ;

Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette;

Montre d’un vrai Romain la dernière vigueur,

Et mérite mes pleurs au défaut de mon cœur.

Quoi ! si ton amitié pour Cinna s’intéresse,

Crois-tu qu’elle consiste à flatter sa maîtresse !Apprends, apprends de moi quel en est le devoir,

Et donne-m’en l’exemple, ou viens le recevoir.

MAXIME.

Votre juste douleur est trop impétueuse.

ÆMILIE.

La tienne en ta faveur est trop ingénieuse.

Tu me parles déjà d’un bienheureux retour,

Et dans tes déplaisirs tu conçois de l’amour!

MAXIME.

Cet amour en naissant est toutefois exêtrme;

C’est votre amant en vous, c’est mon ami que j’aime ;Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé....

ÆMILIE.

Maxime, en voilà trop pour un homme avisé \

Ma perte m’a surprise , et ne m’a point troublée ;Mon noble désespoir ne m’a point aveuglée.

Ma vertu tout entière agit sans s’émouvoir,

Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.

MAXIME.

Quoi ! vous suis-je suspect de quelque perfidie ?

ÆMILIE.

Oui, tu l’es, puisque enfin tu veux que je le die ;L’ordre de notre fuite est trop bien eonee"téPour ne te soupçonner d’aucune lâcheté :

Les dieux seraient pour nous prodigues en miracles,S’ils en avaient sans toi levé tous les obstacles.

Fuis sans moi, tes amours sont ici superflus 3 .

MAXIME.

Ah ! vous m’en dites trop.

1 Ta m'oses aimer, et ta n'oses mourir iest sublime. (Y.)

2 Avisé n’est pas le mot propre; il semble qu’au contraireMaxime a été trop peu avisé : il parait tropévidemment un per-lide, Émilie l’a déjà appelé làebe. (Y.)

3 Superflus n’est pas encore le mot propre; ces amoursdoivent être très-odieux à Émilie.

Cette scène de Maxime et d’Émilie ne fait pas l’effet qu’ellepourrait produire, parce que l’amour de Maxime révolte, parceque cette scène ne produit rien, parce qu’elle ne sert qu’à rem-plir un moment vide, parce qu’on sait bien qu’Émil ie n’accep-tera point les propositions de Maxime, parce qu’il est impos-sible de rien produire de théâtral et d’attachant entre un lâchequ’on méprise et une femme qui ne peut l’écouter. (V.)

ÆMILIB.

J’en présume encor plus.Ne crains pas toutefois que j’éclate en injures;Mais n’espère non plus m’éblouir de parjures.

Si c’est te faire tort que de m’en défier,

Viens mourir avec moi pour te justifier.

MAXIME.

Vivez, belle Æmilie, et souffrez qu’un esclave....

ÆMILIE.

Je ne t’écoute plus qu’en présence d’Octave.Allons, Fulvie, allons.

SCÈNE VI’.

MAXIME.

Désespéré, confus,

Et digne, s’il se peut, d’un plus cruel refus,

Que résous-tu, Maxime? et quel est le suppliceQue ta vertu prépare à ton vain artifice 3 ?

Aucune illusion ne te doit plus flatter ;

Æmilie en mourant va tout faire éclater ;

Sur un même échafaud la perte de sa vie 3Étalera sa gloire et ton ignominie,

Et sa mort va laisser à la postéritéL’infâme souvenir de ta déloyauté.

Un même jour t’a vu, par une fausse adresse 4 ,Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse,

Sans que de tant de droits en un jour violés,

Sans que de deux amants au tyran immolés,

Il te reste aucun fruit que la honte et la rageQu’un remords inutile allume en ton courage.

Euphorbe, c’est l’effet de tes lâches conseils ;

Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils?Jamais un affranchi n’est qu’un esclave infâme ;

1 Auiant le spectateur s’est prêté au monologue impor-tant d’Auguste, qui est un personnage respectable, autant il serefuse au monologue de Maxime, qui excite l’indignation et lemépris. Jamais un monologue ne fait un bel effet que quand ons’intéresse à celui qui parle, que quand ses passions, ses vertus,ses malheurs, ses faiblesses, font dans son àme un combat sinoble, si attachant, si animé, que vous lui pardonnez de parlertrop longtemps à soi-même. (V.)

2 Ce mot de vertu dans la bouche de Maxime est déplacé, etva jusqu’au ridicule. ( Y.)

3 11 n’y avait point d’échafauds chez les Romains pour lescriminels; l’appareil barbare des supplices n’était point connu,excepté celui de la potence en croix pour les esclaves. (V.)

4 Fausse adresse est trop faible, et Maxime n’a point étéadroit. (V.)

Il ne paraît pas convenable qu’un conjuré, qu’un sénateurreproche à un esclave de lui avoir fait commettre une mau-vaise action; ce reproche serait bon dans la bouche d’unefemme faible, dans celle de Phèdre, par exemple, à l’égardd’QEnone, dans celle d’un jeune homme sans expérience;mais le spectateur ne peut souffrir un sénateur qui débite unlong monologue pour dire à son esclave, qui n’est pas là, qu’il